On admet communément que la ville de Fès a été fondée par Idriss II, fils et successeur d’Idriss Ier en 192 H (808 pour nous). Cette version traditionnelle est d’ailleurs contestée par un certain nombre d’auteurs.

Mais quelle que soit la version, l’origine du nom de Fès est l’objet, elle aussi, d’hypothèses différentes.

L’une d’elle met en scène un moine chrétien qui aurait rencontré de manière fortuite Idriss II, en repérage d’un emplacement pour créer une ville. Ce moine, vivant en ermite, aurait révélé au fondateur de la ville une prédiction que lui avait faite un autre moine avant de mourir : un souverain musulman du nom d’Idriss bâtirait une ville sur ce lieu où jadis une ville du nom de Saf s’était dressée. Idriss impressionné par cette révélation aurait voulu perpétuer le nom de cette ville antérieure et se serait contenter d’inverser les lettres (peut-être le début du verlan!) d’où le nom de Fas, qui donne Fès.
Paul Odinot, dans un article de la revue « La Géographie », d’avril 1939, « Notes de Toponymie marocaine », considère que l’on peut très bien admettre ce retournement, fréquent dans la Kabale et qui provient de ce que certaines écritures se lisaient de gauche à droite et d’autres de droite à gauche. Même sans intention hermétique on a pu utiliser Kan et Nak deux mots qui veulent dire Serpent, Bès et Sèb dieux égyptiens, Maroc et Coram, Hor et Roh, Lin et Nil.

Une autre version de l’étymologie du nom de Fès, serait en rapport avec la découverte, sur les lieux des travaux de terrassement d’une pioche -Fas en arabe- d’où le nom de Fès : d’après le Roudh-el-Kartas, Moulay-Idriss aurait trouvé dans le sol une pioche en or, en creusant les fondations de la ville. Ceci, dit Odinot, n’est pas à rejeter à priori. Une pioche, c’est un « Thau », et il n’est pas extravagant de supposer qu’il existait sur l’emplacement de Fès une ville ancienne où le culte du Thau était observé.
Pour d’autres le nom de Fès serait bien en rapport avec « Fas », la pioche, mais il s’agirait d’une pioche en or offerte à Idriss II avec laquelle il donna le premier coup de pioche pour lancer les travaux.

Paul Odinot dans « La Géographie » propose d’autres hypothèses :
– Fas a été rapproché de Fezzaz, de Fars (Perse), de fessa pierre tivertine qui se trouve dans les carrières proches de Fésa, ville ancienne de la Perse.
– Des fractions de la tribu des Saéfès (Ligures) peuvent avoir émigré dans l’Afrique du Nord
– Mais il y a un autre rapprochement : Fas était une divinité qu’on regardait à Rome comme la plus ancienne de toutes, on l’a identifié à Thémis, son nom d’ailleurs signifie « ce qui est juste et permis ».
Thémis ne fut-elle pas, dit-on, mère des Hespérides ? n’avait-elle pas été amenée des régions lointaines où régnait Ouranos, par les Moires ? Quels étaient les attributs de cette déesse Fas ? Si l’on découvrait qu’elle portait une hache, l’identification serait certaine.
Elle serait d’une très grande importance, car il n’est pas prouvé que les mots de forme latine que l’on trouve dans la langue berbère « ager » (le champ), « sekka » (le soc), etc., furent apportés par les Romains qui malgré la durée de leur occupation ne pénétrèrent pas l’Atlas d’une façon sérieuse ; il n’est pas impossible de supposer au contraire que la langue latine, les traditions, les Dieux de Rome eurent pour origine lointaine l’Afrique.
– Enfin, Odinot risque un rapprochement entre Fès et Ephèse. Ephèse fut construite par les Amazones avec la permission d’Hercule. Rien ne s’oppose à ce qu’une Ephèse ait existé aussi au Maroc, pays des Amazones, des Amazigh. Ne trouve-t-on pas, dit la légende, à l’emplacement de Fès au moment de sa construction une statue de femme avec une inscription ?

M. Pellegrin, membre de l’Académie des Sciences Coloniales -qui deviendra Académie des Sciences d’Outre-Mer en 1957- évoque dans les Documents Algériens, une autre origine étymologique. En utilisant le dictionnaire touareg de Charles de Foucauld et le berbère lybique, il relève le terme « enfes » « lancer un liquide, mouiller en projetant l’eau d’un déversoir » et remarque son rôle comme racine dans Oued Fessi (Tunisie), Oued Menfessi(Tunisie) et Oued Fès au Maroc.
Pour lui cette étymologie s’accorde parfaitement avec ce que l’on sait de l’Oued Fès primitif, groupe de petites cascades par lesquelles se projetait, du haut du Rsif, le déversoir des marais du Saïs, avant que les maisons de la ville aient recouvert ces cascatelles.
Il est alors logique que les berbères l’aient appelé « asif enfes » ou « asif n fès » et que les arabes en aient fait « oued fès » ou « oued fâs », d’où Médinat Fâs, la ville de Fès, pour la cité construite sur les bords de l’ « asif n fès ».

Cette étymologie basée sur les racines berbères anciennes, retrouvées dans l’ensemble de l’Afrique du Nord pourrait fournir une origine du nom de Fès plus crédible que les hypothèses issues des légendes : il a en effet été prouvé que la ville de Fès a succédé à une petite cité berbère.

Une autre hypothèse (voir Wikipédia) sur l’étymologie de Fès est présentée par l’historien marocain Chafik T. Benchekroun, dans son article Les Idrissides : L’histoire contre son histoire (2011).
Il cite Léon l’Africain pour lequel le nom de Fès a été donné « en raison de la rivière qui le traversait, parce qu’en langue africaine cette rivière se nommait Sef et que ce mot s’est corrompu »  Cette idée, selon Chafik T. Benchekroun peut être argumentée :
– la rivière en langue « africaine » (berbère en fait) se dit Sef, car elle se dit asif, « a » étant l’article en berbère, il reste sif ; sif et sef étant très proches dans leurs prononciations courantes.
– des berbérisants modernes admettent, en effet, que le mot asif ait pu donner fes, transcrit Fās par les arabophones.
Ainsi pour Benchekroun Fès reçoit pour nom une version estropiée de son ancien nom berbère (asif, puis sif, puis sef, puis enfin Fès). Il ajoute que cette étymologie berbère est beaucoup plus crédible qu’une éventuelle étymologie arabe car la plupart des villes fondées par les Idrissides ont portées des noms berbères.

Benchekroun ne semble pas avoir connaissance de l’hypothèse de Pellegrin. Tous les deux privilégient l’étymologie berbère mais le nom « corrompu » n’est pas le même, asif pour l’un, enfes pour l’autre. La corruption est partout !!

Photographie : Fès vue du Borj Nord -Le rempart almohade