L’image en tête de cet article représente une gravure italienne datant de 1888 d’après une photo de l’ingénieur Martinori en charge de la construction de la Makina à Fès.

Le Sultan Moulay El Hassan ( 1873-1894) décide pour pouvoir fabriquer et réparer sur place armes et munitions, de construire un arsenal. Ainsi il ne sera plus dépendant des puissances européennes. Il le crée à Fès-Jdid, près de son palais et surtout près de l’oued Fès qui pourra ainsi fournir la force motrice.  La mission militaire italienne  est choisie pour créer, en 1888, cet arsenal que les fasi appelleront « La Makina », en référence aux machines utilisées pour fabriquer les armes.

Sur cette gravure on voit les ouvriers s’activer – pas tous !- aux travaux de construction.

Mais il est surtout intéressant de remarquer que le mur que l’on voit ici est percé de sortes de grandes baies inscrites dans un encadrement rectangulaire. Ce mur n’était pas un rempart mais il servait à supporter un aqueduc.

Le haut du mur était l’aqueduc qui servait à transporter l’eau puisée dans l’oued Fès et élevée par la grande noria construite en 1286 (voir Les fiançailles de la Noria ). Cet aqueduc était destiné à alimenter en eau pavillons et plantations des jardins alentours mais probablement aussi les palais et les bains de toute la ville.

Après la démolition de la noria, le mur de l’aqueduc, en sa partie supérieure, aurait été utilisé comme chemin couvert entre Bab Seba et Bab Segma, et peut-être même jusqu’à la Casbah des Cherarda.

Enfin la muraille a servi de façade à la Makina de Moulay Hassan. L’architecte a utilisé une des grandes baies pour la porte d’entrée et les deux contreforts qui l’encadraient ont été surélevés et ornés chacun d’une grappe de boulets en pierre. La porte monumentale a été construite avec imitation de pierres de taille. Une corniche – qui déplaisait beaucoup à Lyautey- est venue couronner l’ensemble. Elle a été cependant conservée.
(Une corniche de même style couronnait aussi la porte de Boujeloud dite « Porte des Français » (au bout de l’avenue des Français), permettant l’accès à l’esplanade de Boujeloud. Lyautey fit enlever cette corniche).

À l’occasion de la construction de la Makina les arcs encore ouverts ont été rebouchés.

On remarque au sommet du mur de l’aqueduc, (au 1/3 gauche), une sorte de niche : ce fut le cachot aérien, exposé à toutes les intempéries, dans lequel l’émir Abou Zacharia al Wattasi confina l’infant Ferdinand du Portugal de 1437 à 1443 , à Fès-Jdid où il mourut. (Cette niche était encore visible sur de vieilles cartes postales mais elle a disparu depuis que la façade de la Makina a été refaite).
Les portugais s’étaient emparés de la ville de Ceuta en 1415. En 1437 , ils décident de poursuivre leurs conquêtes et de s’emparer de Tanger. Le commandement de l’armée est confié à Ferdinand, mais l’expédition mal préparée se termine par un fiasco pour les Portugais qui s’engagent à payer un tribut et à rendre Ceuta.

L’infant Ferdinand du Portugal est envoyé en otage à Fès, puis comme les négociations traînent et que Ferdinand aurait lui-même refusé que Ceuta soit rendu aux Marocains, il devient simple prisonnier de droit commun. Il est utilisé comme palefrenier aux écuries royales et à toutes sortes de gros travaux. Il est séparé de ses compagnons et incarcéré dans ce cachot aérien.

Il meurt après six ans de captivité et son cadavre est accroché aux créneaux de Bab Seba pendant trois jours avant d’être enterré dans la muraille d’un borj dans le jardin de Boujeloud. En août 1471, à l’occasion d’une autre bataille, le roi Alphonse V obtient la restitution des restes de Ferdinand en échange de la libération de la femme et des enfants du souverain de Fès.

Desmazières, Goulven et Bressolette ont évoqué la captivité et la mort à Fès de l’Infant Don Fernando du Portugal. Nous reviendrons plus en détail  sur la lente agonie et la mort de l’Infant Ferdinand qui sont tout autant le résultat du calcul de quelques parents et de ses propres concitoyens que de la haine de ses ennemis.

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Façade de la Makina telle que réalisée par la mission militaire italienne sous la direction du major Campini. Une des grandes baies a été utilisée pour la porte d’entrée et les deux contreforts ont été surélevés et ornés d’une grappe de boulets en pierre. Une corniche couronne l’ensemble.