Cliché à la une : Vue sur la médina et la porte de Bab Mahrouk, vers 1930

Pierre BACH, en mai 1953, écrit dans le Courrier du Maroc, un article intitulé « Fès aux cent portes » dans lequel il évoque la création et l’histoire des portes de Fès ; certaines ont disparu au cours des restructurations des quartiers de la ville ancienne, d’autres  ont été modifiées lors de l’ouverture des remparts pour faciliter la circulation moderne.

En effet l’enceinte fortifiée de la Médina fut agrandie à plusieurs reprises. Les murailles d’Idriss II formaient deux villes séparées, une de chaque côté de l’Oued Fès ; Youssef ben Tachefine joignit ces murailles, travail commencé par Fotouh, et abattit le cloisonnement intérieur, créant une seule ville.
Les Almohades, reconstruisirent l’enceinte en l’agrandissant. La porte de Souiket ben Safi dite alors Bab Souk El Had paraît avoir fait partie de leur première muraille, dont il subsiste Bab Guissa  (ou du moins son arc extérieur) – les murs et tours au dessous du Café des Mérinides, dits Bordj Kaoukeb – la Kasbah El Anouar et particulièrement Bab Mahrouk. La Kasbah El Anouar et la Kasbah Boujeloud dominaient alors la ville. Elles s’y trouvèrent incluses lorsque les Mérinides bâtirent Fès-Djedid en 1270.

 

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Porte de la Casbah el-Anouar, dans les années 1930

Bab Guissa était elle-même une reconstruction Almohade de la porte due à l’émir Zénète Aguissa ( X ème siècle) sur l’emplacement de Bab Hisn Saadoun d’Idriss II. Son frère Fotouh Ben Dounas avait fait bâtir Bab Ftouh, qui fut entièrement reconstruite par le Sultan Moulay Abdallah au XVIII ème siècle. À l’ouest de Bab Ftouh, la porte de Bab Hamra fut fermée paraît-il dès l’époque zénète. Bab Hadid fut déplacée plusieurs fois avec les agrandissements de l’enceinte.

Bien entendu, la jonction des deux cités Adouat El Qaraouyine et Adouat El Andalous fit disparaître plusieurs portes d’Idriss II : Bab Sinsila (dont l’emplacement est encore connu), Bab El Knater, Bab Nokba, Bab Bouchiba, etc…

À l’heure actuelle, les grandes portes se répartissent non seulement sur le pourtour, mais à l’intérieur même de la ville. Comme Bab Dekaken – ou plus exactement Bab Sebâa – qui est dans le Méchouar de la Makina. Comme la porte ancienne de Boujeloud, qui fait l’angle de la route de la Résidence avec l’Avenue des Français. Comme la porte Neuve de Boujeloud qui marque l’entrée de la Talaâ.

Par ailleurs la très grande ancienneté de certaines portes disparues rend fort difficile l’identification de leur emplacement. Ainsi il existe dans les murailles idrissides, puis almohades, deux Bab Hadid qui donnèrent passage à la fois à la route et à une branche de l’Oued Fès. Mais leurs emplacements sont oubliés. À plus forte raison, ceux de Bab Nokba et de Bab Bouchiba sur l’Oued Fès, d’époque idrisside. Par contre, le souvenir s’est perpétué de Bab Sinsila, dite aussi Bab El Haraj. Au sujet de celle-ci, du reste, s’impose une remarque typique en ville de Fès. On en montre l’emplacement à proximité de Moulay-Idriss. Or, les auteurs anciens la placent au bord de l’Oued Fès. Les deux assertions sont vraies. Parce qu’ils appellent Oued Fès cette branche principale de l’Oued qui passait près de Moulay-Idriss et qui au cours des siècles a totalement été recouverte par les maisons, construites à cheval sur l’eau. Certaines de ces maisons du reste contiennent des moulins à roues hydrauliques mus par l’Oued dont le courant est très vif dans cette descente, mais qui depuis qu’il est recouvert fait plutôt figure d’égout.

Bab Sidi Boujida s’appelait Bab Msafer. Il y eut près de Bab Khoukha, une Bab El Knissa, la porte de l’Eglise chrétienne (sous les Zénètes).

 

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Bab Ftouh, cliché de 1911

Aujourd’hui, les principales sont :
Bab Segma, Bab Dekkaken ou Bab Sebaâ, Bab Chorfa, Bab Boujat, Bab Semmarine, Bab Jiaf, Bab Boujeloud ancienne (Bab Chems) et nouvelle, Bab Mahrouk, Bab El Anouar, Bab Guissa, Bab Sidi Boujida, Bab Khoukha, Bab Fotouh, Bab El Hamra, Bab Djedid (ou plus exactement Bab Hisn Djedid, la porte du nouveau Bastion), Bab Hadid et Bab Lameur ( ces deux dernières condamnées et remplacées par des brèches pratiquées dans les remparts).

Mais il faut y rajouter de nombreuses petites portes intérieures. Une population aussi importante nécessitait de nombreux lieux de passage et l’on s’en rend compte en constatant que la Mosquée Karaouyine est dotée de 14 entrées.

Les grandes portes étaient autrefois « à baïonnette » c’est à dire en passage coudé. J’ai connu ainsi Bab Semmarine. Il a fallu la rectifier pour la circulation automobile, que ne pouvaient évidement prévoir les constructeurs des portes médiévales. Dans cette ville fréquemment assiégée, leurs bâtisses étaient avant tout de solides bastions, destinés à renforcer les murailles, car aux époques de « siba », l’insécurité s’étendait jusqu’au pied des murs de la ville, qui devait se tenir toujours prête à fermer ses portes pour éviter le pillage.

 

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Bab Semmarine, cliché plaque de verre 1917

Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur les »Bab de Fès », il faut vous procurer le livre « Fès de Bab en Bab, promenades dans la Médina » d’Hammad Berrada. La première édition date de 2002 mais le livre  vient d’être ré-édité.