Cliché : Dar-El-Marés vers 1920

J’ai trouvé ce petit texte de Pierre Bach écrit en mars 1961 dans le Courrier du Maroc, journal quotidien du Nord marocain. Il précise l’origine, le sens et l’orthographe des mots Dar/Dhar et Mahrès, nom du lieu où s’installèrent dès 1912 les troupes françaises suivies rapidement par une population civile européenne.

C’est un quartier bien connu à Fès que le coteau de Dar Mahrès. Mais si vous demandez le sens de ce mot à un fasi, il vous dira : Cela vient de « mihraz », le pilon, parce que la colline ressemble à un pilon renversé (ce qui est d’ailleurs inexact) ou bien il vous dira « Mahrès est le participe passé 2 ème forme du verbe « harasa » démolir et Dar Mahrès c’est la maison démolie, parce qu’il y avait là une ruine. Explication plus juste mais qui n’est pas non plus la vraie.

Voyons ce que nous dit l’arabisant René Basset. Le mot « mahrès » signifie enceinte fortifiée . Dans certain cas, il désigne un simple corps de garde, généralement placé aux abords d’une ville. Le mot a été copieusement étudié par Dozy et De Goeje.

Et nous y voici. Ce « mahrès » c’était un petit fortin avancé des murailles de Fès, où un poste de garde garnissait un coteau dominant la Médina. Car si nous nous reportons à l’orthographe arabe ancienne, nous constaterons qu’il ne faut pas traduire Dar Mahrès mais Dhar Mahrès. Et Dhar cela veut dire le coteau. Dhar Mahrès c’est le coteau du poste de garde.

C’est simple comme on le voit, il suffisait de lire ce nom dans un texte en arabe !! et ils sont légion concernant la ville de Fès.

Exactement d’ailleurs il faudrait dire Dhar el Mahrès … mais c’est trop long et ce quartier restera désormais Dar Mahrès … en oubliant en plus le « h » de Dar  ! et même sur la carte en une, la légende est Dar-el-Marès : les deux « h » ont probablement été aspirés et portés disparus !!

Aujourd’hui encore le nom de Dar Mahrès est le plus couramment employé, par exemple pour les adresses des facultés installées dans le quartier mais les plans officiels de la ville de Fès utilisent Dhar al Mahraz pour désigner le quartier.

Cette appellation officielle correspond à celle donnée par Michaux-Bellaire en 1906 dans « Description de Fès »  : « Ed Dhar El Mehraz » traduit par « la colline du mortier, pièce d’artillerie » ce qui privilégie l’origine mihraz : traduit par pilon ou mortier et non l’origine mahrès, le fortin, proposé par Basset … et Bach.

À chacun de choisir entre la version administrative ou universitaire !!!

 

Dhar al Mahraz 1

Extrait plan urbain de Fès. 1995. Échelle 1/12500