Cliché à la une : Magana Bu’Inanya dans les années 1920

J’ai retrouvé dans le Courrier du Maroc du 21 août 1938 des informations sur « les curiosités historiques de Fès » dont quelques éléments sur les horloges de la Karaouyine et de la Bou Inanya.

J’avais cité, dans mon article du 2 mars 2017,  Magana Bu’Inanya ou les horloges de Bou’Inanya un extrait de l’ouvrage Maroc médiéval, un empire de l’Afrique à l’Espagne, publié à l’occasion de l’exposition « Le Maroc médiéval », au Louvre en octobre 2014 :

La mosquée al-Qarawiyyin à Fès possédait deux clepsydres dont une édifiée en 717H/1317, peut être rapprochée de celle de la madrasa Bu’inaniya, à ceci près qu’elle fonctionnait sur le système des heures égales. Toutes ces clepsydres reposaient sur un système complexe mû par un débit d’eau régulier, adapté dans le cas de l’horloge de la madrasa Bu’Inaniya à la variation de la longueur du jour.

L’article du Courrier du Maroc du 21 août 1938 cite le recueil « Zahrat el Ass », (Les fleurs de myrte) traitant des origines de Fès, écrit par  Bou Hassan Ali el Gueznaï  (ou el Djaznaï selon les auteurs) au 14 ème siècle, traduit par M. Alfred Bel, ancien directeur du Collège musulman de Fès, puis de la médersa de Tlemcen.
Dans cette traduction on trouve des détails sur les horloges de la Karaouyine et de la Médersa Bou Inanya. Leur système inspiré des clepsydres connues dès le Bas-Empire – et dont un modèle fut envoyé en cadeau par Haroun al Rachid, le Khalifa des Mille et une nuits, à l’empereur Charlemagne – est basé vraisemblablement sur un bassin d’eau dont l’écoulement calculé mouvait un flotteur dont dépendait les divers battants ou poids qui frappaient les timbres.

Dans le minaret de Karaouyine – celui qui était surmonté de l’épée d’Idriss – il y avait « un vaisseau en faïence » rempli d’eau. Un tuyau de cuivre, marqué de divisions et percé de trous y était adapté en sorte que l’eau pouvait sortir selon une quantité connue. Et cela permettait de connaître l’heure exacte pendant les jours privés de soleil.

La deuxième clepsydre, la « magana » était un instrument plus compliqué. Elle fut construite par le cheikh Abou Abdallah Mohamed el Senhadji en 717 (1317 J.-C.). Elle se composait d’une grande cuve de cèdre dans laquelle flottait deux vaisseaux de faïence de volume inégal. Le récipient le plus élevé rempli d’eau était muni à sa base d’un tuyau de cuivre ingénieusement fabriqué et par lequel l’eau s’écoulait dans l’autre récipient, en sorte que celui-ci s’abaissait ou s’élevait et que ce mouvement s’inscrivait sur une règle graduée placée à l’extérieur de la cuve.

Cette machine un peu compliquée fut bientôt abandonnée, mais quand le Sultan Abou Inan monta sur le trône, il récompensa l’auteur de cette invention. Et c’est de cette époque que date la coutume de hisser des pavillons sur les minarets pendant le jour et de placer des lumières la nuit pour faire connaître les heures exactes des prières et les poètes chantèrent

« Une lumière, signal de foi s’élève pour ceux d’entre les hommes qu’elle guide vers la vérité. De toutes parts, les fidèles se dirigent vers elle et pour eux elle détermine les heures de la nuit et du jour. C’est la magana, une âme d’eau dans un corps de bronze d’élégante beauté et d’aspect agréable, le corps verse des larmes sans que jamais l’oeil ne cesse de pleurer et sans jamais s’endormir, etc … ».

Abou Inan fit alors construire une nouvelle horloge à la médina, près de la porte de Souk el Ksar en 758 (1357). Cette magana se composait de timbres en cuivre jaune. Pour marquer chaque heure un poids tombait dans une des coupes, placées sous une sorte de potence et une fenêtre s’ouvrait. C’est l’horloge qui existe encore à la Bou Inanya, un des attraits de la médina de Fès et toujours une énigme pour les esprits curieux.

Nous en savons un peu plus sur le fonctionnement de ces « magana » mais les incertitudes quant à la date de création et à la fonction du premier (?) système mécanique de cette portion du Talaâ Kbira persistent !

Et pour ceux qui veulent savourer le temps, sans entendre passer les heures, une petite porte dans la façade de l’immeuble de la « magana » donne accès au Café Clock, créé, of course, par un couple de britanniques : café « culturel », sur plusieurs étages, avec différents espaces – patio au rez de chaussée, bar, bibliothèque, terrasse, balcons – qui propose concerts, ateliers de lectures et permet de prendre une collation ou une boisson sans alcool ! Ce n’est pas un pub !!

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Magana Bu’Inanya dans le Talaâ : carte postale intitulée « Mosquée des Clochettes » !