Image à la une : la briqueterie de Louajeriine avec en arrière-plan le mellah de Fès.

Cet article reprend le texte d’une conférence faite par Philippe Jospin à l’occasion d’une visite aux potiers, dans leur atelier-pilote, le 1er février 1953. M. Lafarge, inspecteur régional des Arts marocains et M. Copitet ont complété la conférence de Philippe Jospin par un exposé technique que je n’ai pas retrouvé.

J’ai publié ce texte l’an dernier dans « Conférences des Amis de Fès » (1932-1956) Tome 1.

Le moulage de l’argile occupe à Fès, un certain nombre de corporations aux noms divers qui se répartissent elles-mêmes en deux quartiers bien distincts : Louajeriine, où se trouve la grande briqueterie dite « Tuiles, Briques et Céramiques de Fès » que l’on aperçoit en passant sur la droite de la route de Taza presque en face du Fondouk Américain et Fekkarine, entre Bab Ftouh et Bab Khoukha. (L’American Fondouk de Fès )

Louajeriine où se moulent et se cuisent presque la totalité des briques employées en construction d’immeubles est assez peu intéressant et nous ne nous y arrêterons que le temps de sympathiser avec ces modestes artisans qui s’accrochent à un métier épuisant, peu rémunéré, métier qui meurt doucement, emporté par le progrès, comme un vieux métier filant au fil de l’eau et que personne ne ramasse parce qu’il a trop servi pour être encore utilisable. Le métier ne demande du reste que peu ou pas d’apprentissage ; il ne faut que beaucoup de dextérité, parce que seul le rendement compte et je n’ai pas besoin de vous dire que les ouvriers marocains sont particulièrement adroits et rapides dans leurs fabrications.

La brique

La brique moulée à la main, irrégulière dans ses formes, assez mal cuite en général, ne se prête qu’à être utilisée à plat et dans ce cas elle « dévore le mortier ». On comprend donc qu’elle n’intéresse pas les entrepreneurs modernes et qu’elle ne soit pas utilisée dans les constructions à l’européenne où le ciment armé demande des gabarits rigides et contrôlés et où le prix du ciment freine les gaspillages.

Cette industrie est installée au pied des collines argileuses de Dar Mahrès. Il n’y a qu’un pas de la galerie d’approvisionnement à l’aire de moulage en passant par le bassin d’hydratation qu’alimente l’oued tout proche. Au point de vue économique, la solution est idéale puisqu’il vaut toujours mieux transporter des produits finis que des matières brutes. Malgré cela les gros rendements des machines modernes, les séchoirs artificiels et les fours continus auront raison, dans un très proche avenir, des pauvres briquetiers à la main dont la pluie est la plus grande ennemie.

D’autre part, la machine fabriquera des briques creuses légères, qui permettront une meilleure insonorisation des appartements, encore que cela soit très relatif. C’est pourtant le problème du poids de la construction qui détermine pour une grande part la forme des briques et partant, les économies de combustible que pourra faire l’usinier. Vous qui chauffez et qui savez ce que cela coûte, vous pouvez imaginer ce qu’il faut de charbon pour faire monter la température du four aux cinq cents degrés nécessaires à la cuisson de la terre !

Les potiers

C’est sans émotion que nous abandonnerons nos braves mouleurs à la main et chauffeurs au doum (palmier nain qui sert à la confection des cordages, des nattes mais qui est souvent utilisé comme combustible dans les fours des potiers) qui n’ont, eux aussi, qu’un pas à faire pour se faire embaucher à l’usine proche où la technique est enfantine si nous exceptons le chauffage du four (très difficile) et où leur dextérité trouvera à s’exercer largement.

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Les potiers proprement dits, se divisent au point de vue technique en trois catégories :
– ceux qui fabriquent les poteries blanches plus spécialement destinées à contenir de l’eau ou de la nourriture (harracha) 
– ceux qui fabriquent les tuiles et les carreaux de mosaïques dits zelliges (zellaijia)
– ceux qui fabriquent des poteries décorées (tollaya).

La première catégorie comprenait en 1939, 14 ateliers, où travaillaient environ 60 personnes. Ce chiffre n’a pas dû varier beaucoup depuis (en 1953), non plus que ceux des deuxième et troisième catégories qui pour un nombre presque identique d’ateliers employaient environ 150 personnes.

La saison froide et pluvieuse ne permet pas de voir en plein travail cette honnête corporation. La pluie est la grande ennemie du potier, le froid aussi. Ne disposant que d’espaces très restreints ne permettant pas la construction de séchoirs bien aérés ou même chauffés comme cela se pratique en Europe, il est impossible de mouler et de sécher la pâte, donc de travailler.

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L’argile

Nous pouvons, quand même, examiner les matières premières utilisées et elles sont peu nombreuses. À tout seigneur, tout honneur, parlons d’abord de l’argile.

Matière essentielle, elle a deux origines : l’une, terre blanche que l’on rencontre aussi en filons, du côté des Mérinides, (il s’agit des Tombeaux mérinides, sur la colline d’El Kolla au nord de la médina de Fès) vient surtout d’une carrière située à trois kilomètres de Bab Ftouh en un lieu appelé Ben Jelliq. L’autre, terre grise, vient comme nous le disions il y a un instant, des collines de Dar Mahrès.

Avec la première, la terre blanche, apportée à dos d’âne par les carriers, on fabrique les jarres, plats, gargoulettes que vous connaissez. Une seule raison à l’emploi de cette terre plutôt que l’autre, c’est qu’elle ne conserve aucune mauvaise odeur transmissible à l’eau ou aux aliments. La terre grise, elle, sent toujours, quelle que soit la cuisine, ou l’ancienneté de l’ustensile.

La préparation des argiles est identique pour les deux terres. D’abord, on la pilonne grossièrement, on la jette dans un trou et on l’arrose. Dans ce trou, elle s’abreuvera lentement d’humidité, aidée par les pieds des malaxeurs humains jusqu’à la consistance voulue. Trop fluide ou trop sèche, elle ne se laissera pas travailler. À bonne consistance elle deviendra une matière vivante entre les mains de l’ouvrier et semblera comprendre ce qu’il attend d’elle. C’est pourquoi on la laisse lentement digérer sa ration d’humidité en l’entreposant à l’ombre et en la malaxant et en la battant avant emploi, comme une vulgaire pâte à gâteau.

Il faut également que la pâte soit débarrassée entièrement du plus petit grain de pierre ou de calcaire qui, une fois cuite, donnerait de la chaux vive et, à la moindre humidité ferait éclater la poterie.

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Chapelet de petits ânes aux flancs bossués par les couffes jumelles débordantes de terre brute ou au retour de briques. Au fond vue sur le mellah et le cimetière juif.

La charge d’âne se paie actuellement cinquante francs.

Le combustible le plus courant est toujours le doum ou palmier nain. Il est encore le mode de chauffage le plus simple, se manipule comme la paille, se trouve encore pour un peu de temps dans les environs de la ville bien qu’il faille aller le chercher de plus en plus loin à mesure du défrichement des terres les plus proches. Séché, il développe presque autant de calories que le charbon, mais le chauffage des fours demande une grande attention. En effet, il faut l’alimenter constamment pour éviter les sautes de chaleur en cours de cuisson. Si celle-ci est conduite régulièrement on obtiendra des poteries au son clair et presque métallique qui enchante l’oreille du bon chaufournier.

En dehors du doum, dont le prix varie beaucoup suivant les saisons, car alors les ramasseurs et âniers sont employés aux travaux des champs plus rémunérateurs, on emploie aussi le grignon dont le pouvoir calorique est très intéressant. Mais celui-ci, s’il n’a pas disparu comme tel, a perdu ses propriétés. Le prix de l’huile d’olive a, en effet, conduit les extracteurs à épuiser de plus en plus les grignons jusqu’à leur enlever la presque totalité de l’huile qu’ils contiennent. Aux beaux temps des lourdes meules de pierre accouplées, mises en branle par des ânes, a succédé la machine encore plus lourde avec la presse hydraulique et ses scourtins, le lavage aux solvants volatils, les chaudières, la vapeur, tout un arsenal diabolique qui ne laisse de l’olive qu’une pulpe sèche avec laquelle, si je ne m’abuse, on trouve encore le moyen de nourrir les bestiaux, car il paraît qu’avec beaucoup de bonne volonté, ceux-ci utilisent le peu d’huile restant à faire pour l’homme, de la viande, de la graisse ou du lait, ce que la machine et le progrès n’ont pas encore réussi à faire avec quelques traces d’huile d’olive mélangées de sciure de bois.

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La couleur de la fumée laisse penser que le four est alimenté par des grignons

Je ne citerai que pour mémoire d’autres modes de chauffage tels que paille, herbes et chardons secs qui ont été utilisés avant guerre en raison de leur prix très faible ; c’étaient des femmes et des enfants qui se chargeaient de cette récolte qui faisait un très petit appoint, mais non négligeable, au salaire du chef de famille. Il semble bien, que maintenant, il existe d’autres petits métiers plus rémunérateurs et qu’il ne reste guère trace de ce moyen de chauffage trop rudimentaire.

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Four à briques alimenté par paille, herbes et chardons secs 

Enfin, dernière matière utilisée en poterie, les colorants.

Sur ceux-ci, domine de façon incontestable ce joli bleu que l’on rencontre souvent sur les poteries de Fès : c’est un oxyde de cobalt et ce sont d’autres oxydes, de chrome, d’antimoine ou de manganèse qui donnent les teintes vertes, jaunes ou rouges que vous admirez sur les plats, cruches ou poteries. L’industrie française les met maintenant à la disposition des artisans et ces couleurs qui ne laissent place à aucune surprise, permettent tous les effets décoratifs.
Comme il s’agit de produits industriels où l’astuce et l’intelligence des artisans deviennent inutiles, je ne m’arrêterai pas sur ce sujet qui ne leur pose aucun problème et je vous parlerai tout de suite du vernis qui recouvre toutes les pièces que vous avez pu acquérir. Il est le produit d’une combinaison de plomb et d’un sable très clair venant de la région de Meknès. Le plomb, on se le procurait, il n’y a guère, en faisant fondre les emballages de thé, les vieilles théières, vieux ustensiles etc. qui se trouvent toujours en nombre à la Joteïa, (marché aux puces) mais qui de nos jours ne sont plus en plomb. C’est cependant toujours du plomb de récupération d’où, par chauffage, on extrait l’oxyde de plomb. Ce mélange de plomb et de sable, délayé à l’eau, donne un liquide blanc dans lequel sont trempés les objets décorés au préalable. Remis au four et cuits, les poteries en ressortiront recouvertes de cette « glaçure » ou émail qui recouvre les dessins et les imperméabilise.

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Il me reste maintenant à vous parler de la façon dont ces vases, plats, gargoulettes ou autres amphores sont faits par le potier.

Lorsque je suis venu, il y a quelques jours, faire une petite enquête préliminaire dans ce quartier, un des artisans a bien voulu, avec une bonne grâce qui n’est plus de notre époque, mouler devant moi quelques-uns de ces objets et il est passé en un petit quart d’heure, de l’assiette au plat, du couvercle à la gargoulette, avec une dextérité de prestidigitateur, ne me laissant ignorer aucun des « tours de main » de son métier. Cela, il faut le voir et je vous convie à faire comme moi, non pas en hiver mais par un beau jour de printemps ou d’été alors qu’après un long chômage, chacun retrouve avec joie la douceur du travail.

Je pourrais aussi vous le raconter, mais le hasard a bien voulu alléger ma tâche et je suis d’autant plus heureux que ce sera beaucoup mieux fait que par moi-même. Écoutez plutôt :
La scène se passe dans l’île de Djerba, sur la côte Est de la Tunisie, à l’entrée du golfe de Gabès. Cette île est célèbre pour ses poteries.

L’atelier de Yamoun s’ouvre au ras du sol, entre les touffes de palmes et les collines de débris amoncelés au long des siècles. De grandes amphores manquées, fendues à la cuisson, dressées comme des fascines lui servent de toit, de muraille et de rempart contre les rages de soleil. Yamoun se tient sur le seuil, les poings aux hanches. Il porte un bref tablier de toile, empesé par la terre. Il regarde ses garçons qui, devant la porte, cassent les mottes d’argile et les pétrissent longuement avec les pieds.
Quand la danse laborieuse est finie, quand le rouleau malléable purgé de pierres est disposé sur la girelle, Yamoun saute allègrement à sa place. Il murmure l’humble prière qui peut sanctifier toute besogne : « Au nom de Dieu ! ». Et le mystère commence.
Le tour, le maoun, est celui même dont se servaient, voici plus de quatre mille ans, les premiers artisans de l’Égypte. C’est le commencement du monde. L’ombre est traversée d’un unique rayon fulgurant que font parfois vibrer les mouches.
Yamoun avec son pied, imprime à l’appareil le mouvement circulaire, le mouvement des astres, le principe de toute genèse. Puis à deux mains, il saisit la motte d’argile comme on ferait d’un visage pour le baiser. Et soudain, que se passe-t-il ? Une fleur de terre monte, monte et s’épanouit. À peine si l’homme a l’air de la toucher. Il la suit dans son ascension, il la caresse, il la contient avec étonnement. Comme un Dieu, Yamoun assiste à son œuvre. De temps en temps, il plonge les doigts dans une petite fosse pleine de boue liquide et il en flatte la créature.
Puissance du mouvement giratoire : il semble deviner toutes les intentions, toutes les pensées de l’artisan : il les exprime en hâte, il les trahit. Yamoun est-il distrait le temps d’un clignement, l’argile s’évade et figure cette distraction. Yamoun entend-il trop bien faire, l’oeuvre grimace et se rebelle. Mais Yamoun est un dieu sensé : il engendre selon les vieilles lois.
Et, tout à coup, l’ouvrage paraît achevé. Le tour magique est plus prompt que le désir. D’un seul trait de fil le vase est détaché du socle. Offrande ! Des paumes prudentes le soulèvent. Est-il réel ? Il a surgi si vite du sol originel que, pour le faire, on pourrait croire qu’il a suffi de le rêver.

Remercions Georges Duhamel, qui a bien voulu, pour un soir, devenir collaborateur des « Amis de Fès » et qui a dit si bien ce que j’aurais si mal exprimé.

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J’aurais aimé maintenant vous parler de la situation sociale de ces ouvriers. Je croyais fermement avoir mené ma petite enquête seul !

Mais mes interlocuteurs beaucoup plus malins que moi, ont bien vu, me suivant comme une ombre, le spectre toujours redouté d’un de ces inquisiteurs que l’on appelle « agents du fisc ». J’étais bien le seul à ne pas m’en douter et à promener mon innocence sous des aspects douceâtres d’un quelconque touriste intéressé. Ce qui fait que je n’ai que peu de renseignements et encore ne puis-je les donner que comme douteux, ou assez en deçà de la vérité.

Il paraît que le salaire d’un excellent dessinateur avoisine 1.000 francs par jour de travail, celui d’un mouleur ou d’un modeleur 500 francs. Je n’insisterai pas sur cet aspect de la question d’autant que, comme je le disais au début, le nombre des jours de travail est très variable, en raison des conditions atmosphériques, et dépend surtout de la vente en boutique, c’est à dire de la demande des clients.

Je ne ferai que citer brièvement ces boutiquiers-décorateurs que vous connaissez comme moi et qui de la pointe de l’index, dessinent au goudron, des arabesques régulières dont il semble qu’ils aient hérité en naissant, car il semble bien qu’il n’y a pas d’âge pour ces humbles artistes. Ils ont de cinq à soixante-dix ans, paraissent également adroits, également agiles, également silencieux. Ceux-ci achètent la matière cuite et lui donne une certaine plus-value par l’ornement qu’ils y ajoutent.

Vous voyez donc que cette corporation n’est pas riche car la concurrence est dure. Les seaux et autres récipients métalliques, les carreaux de faïence d’importation espagnole qui se souviennent de leurs premiers inspirateurs, les faïences françaises ou tchécoslovaques, tendent à remplacer les ustensiles locaux en vertu de ce principe que tout ce qui vient de l’étranger est plus goûté. Nous le regretterons, mais nous espérons qu’avec le secours du service des Arts et Métiers Marocains, cette industrie revivra et qu’il y aura encore de beaux jours couronnés d’épaisses volutes de fumée noire, pour ce petit monde si sympathique.

Du reste, comment n’y aurait-il pas de beaux jours ? La corporation est protégée par un saint, comme il se doit. Il se nomme Sidi Mimoun et est enterré non loin d’ici. Compagnon du cheikh, jurisconsulte et professeur réputé Abou Abdellah Mohamed Ben Abdellah ben Ahmed ben Brahim Esmati, connu sous le nom d’El Fehhar. Sidi Mimoun El Fehhar travaillait le jour comme potier et passait ses nuits en prière. Il avait probablement été un de ces étudiants du bled, affamé du savoir que dispensait son maître, beaucoup plus que de pain, vivant de rien et ne demandant qu’à s’affranchir des besoins de son corps pour mieux satisfaire ceux de son âme, bref, ayant en lui tout ce qu’il fallait pour devenir un saint.

Avait-il choisi le métier de potier en raison des loisirs qu’il pouvait lui procurer ou comme c’est plus probable, avait-il été potier lui-même dans son douar ? Ce qui importe, c’est qu’il soit devenu savant, qu’il ait enseigné le droit et le Coran, qu’il ait écrit des livres, dont un sur la façon de ponctuer le Livre sacré et qu’il ait été poète. Il est mort, dit-on, en 816 de l’Hégire, ayant formé un grand nombre de disciples.

Ayant vécu pauvrement, il est surtout honoré par les pauvres gens du quartier, qui viennent en grand nombre, comme en font foi ici les nombreuses libations de henné qui parent les murs de son tombeau et qui lui savent gré de n’avoir même pas accepté la construction d’une dispendieuse kouba. On dit même que, par deux fois, des dévots ont voulu lui offrir un toit qui n’a jamais résisté plus de huit jours à la volonté posthume du saint qui trouvait déjà bien pesante la petite pierre tombale qui s’interposait entre son corps et le ciel.

Cette modestie dans la vie et dans la mort est l’image même des potiers de Fès. Les plus artistes d’entre eux n’ont pas laissé de signature, et quand je demandais à l’un d’eux pourquoi il ne signait pas ses œuvres les plus belles, il me répondit : « Cela prendrait trop de temps !». Évidemment il ne croyait pas à la beauté de son œuvre et il ne pensait pas que par son truchement, son nom puisse passer à la postérité et survivre.

Ceci explique ce mélange hétérogène de pièces très quelconques et de fins ouvrages que vous pouvez voir stockés dans les ateliers ou les magasins. Il en faut pour tous les goûts et on ne saurait blâmer ces artisans qui doivent d’abord manger.

On ne peut s’empêcher d’évoquer ici la figure de Bernard Palissy ré-inventeur des émaux italiens. Nous avons tous admiré dans notre jeunesse, son énergie, sa ténacité, son esprit de sacrifice. Nous ne pouvons en exiger autant de nos artisans modernes pour qui la recherche du pain quotidien est le souci majeur et la maladie dont nous souffrons tous. Cela ne doit pas nuire, pourtant, à cette recherche du beau qui n’est pas affaire d’imitation, mais d’esprit d’invention et d’intelligence, de pureté d’âme aussi.

C’est pourquoi je souhaite que nos Marocains, après avoir absorbé et digéré le suc que leur dispense l’atelier-pilote que vous venez de visiter, s’évadent des contraintes traditionnelles pour donner leur pleine mesure. En effet, les potiers de Fès sont jeunes, non pas par cette tradition qui les enserre comme le ferait un étau, mais par la naïveté de leurs œuvres et par l’émotion que nous communiquent certaines formes et certains dessins. On peut donc leur faire confiance. Quelque peu d’instruction, quelques conseils, quelques contacts avec ce qui se fait à l’étranger et une génération nouvelle naîtra qui aura pour le beau travail, le goût de ses aînés et pour la recherche artistique un penchant aussi naturel que leur est actuellement l’imitation servile du passé.

 

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Souk aux poteries par Marcel Vicaire

Voir aussi L’artisan potier à FèsL’industrie de la poterie à Fès et  Une production originale de l’artisanat de Fès : les carreaux de faïence émaillée.