Image à la une : Colline d’El Qolla: ruines des Tombeaux mérinides sur la droite et à gauche derrière le fort Chardonnet. (Détail d’un cliché d’une vue aérienne de janvier 1930).

En février 1950, la mosquée Jama Kbir, située à l’entrée de Moulay Abdallah et contiguë au palais du Sultan est en cours de rénovation : toitures, murs, plafonnages, ornements anciens, tout est concerné. À l’occasion de ces travaux de rénovation, une tombe est mise à jour dans un caveau de la « Mosquée des Trépassés » de Jama Kbir, tombe qui pourrait être celle d’Aboû Inân.

En refaisant les bâtiments, les maçons pénètrent dans la bibliothèque, corps de bâtiment surmontant le caveau des tombes royales et déblayent le vieux plancher qui s’était effondré. Ils doivent descendre dans le caveau pour récupérer des livres anciens et des liasses d’archives d’un rayonnage effondré avec le plancher. Le commandant Butel, commissaire chérifien fait mettre ces documents sous scellés avant de les transférer à la Qaraouiyine.

Dans ce caveau, maintenant ouvert, outre des colonnettes de marbre et des chapiteaux de style mérinide, on découvre un bandeau à inscription qui confirme ce que Boris Maslow, qui restaura le premier à la fin des années 1930 le minaret de Jama Kbir, augurait déjà être la tombe de Aboû Inân. À cette époque, Boris Maslow, architecte du Service des Beaux-Arts et des Monuments historiques de Fès, dans son ouvrage « Les mosquées de Fès et du Nord du Maroc » écrivait que l’on ne pouvait accéder à cette tombe, située sous la bibliothèque car l’arcade du mur la séparant de la coupole Jama Gnaïz avait été murée au cours des siècles.

Maslow donne aussi quelques informations sur les dates supposées de la fondation de la mosquée : elle est attribuée à l’émir Aboû Youssef (674 de l’Hégire /1276 de J. C.), mais la « rekhama » (pierre de dédicace), scellée sur un mur extérieur de la nef nord indique que l’édifice a été construit par le sultan Aboû Fâres le 9 Rabia 778 (1375/1376), et, ajoute Maslow, la tradition rapporte aussi que l’émir Aboû Inân a été inhumé contre le mur extérieur de l’édifice en 761 de l’Hégire (1358/59 environ). Il conclut en disant que « l’état de l’édifice ne permet pas d’affirmer que la construction ait été interrompue puis reprise. »

La fondation de Fès-Jdid date de 1276, et le début de la construction de Jama Kbir (la Grande mosquée) est contemporain de cette fondation, plusieurs auteurs en font état, en particulier Ismaïl ibn al-Ahmar, au XIVème siècle,  dans « Histoire des Beni Merin, rois de Fâs ».  La date de fin de la construction reste encore incertaine !

C’est le mur séparant la bibliothèque et la Jama Gnaiz (mosquée des morts) que l’on a fait tomber et c’est une rangée de tombes que l’on a découvert.

Voilà ce qu’en disent « les découvreurs » : « Tout cela est couvert d’une poussière noirâtre, et l’intérieur de la Koubba des Trépassés, dont l’ornementation fouillée, aérienne, dentelle d’entrelacs et nids d’abeille, défie l’imagination, est extrêmement sombre ; avant l’ouverture de ce caveau, une étroite lucarne taillée dans le mur épais donnait seule un peu de lumière, et l’on ne peut encore, avant un sérieux nettoyage, imaginer la décoration complète, dorée par endroits et comportant aussi des panneaux de mosaïque. »

Deux inscriptions sculptées, l’une dans le marbre, l’autre dans le bois ont été retrouvées et traduites par Alfred Bel.
L’inscription sur le fronton de la bibliothèque attribue la construction de la bibliothèque, en 1688, à Moulay Er-Rachid.
L’épitaphe mérinide sur le marbre encastré dans le mur sous le plancher de la bibliothèque marque la mort de « la jeune fille sans tâche, Aïcha, fille de notre seigneur, l’émir des Musulmans, Abou Farès Abd el Aziz ». Sa mort est survenue dans la dernière décade du mois de Satar de l’an 792 (6-16 février 1390).

Découverte intéressante sur les plans archéologique et historique et qui nous vaut deux articles très documentés d’Henri Bressolette sur les Mérinides, dont il est un des spécialistes. En effet, dans le mois qui suit Bressolette publiera dans le « Courrier du Maroc », le 6 mars 1950 « Le prestigieux et tragique destin d’Aboû Inân » et le 12 mars « Les nécropoles mérinides ».

Avant de proposer l’article sur les nécropoles mérinides, je dirai quelques mots de la dynastie mérinide (1270-1550). Les Mérinides, succédant aux Almohades, ont régné sur le Maroc pendant près de trois siècles avant de se voir ravir le pouvoir par les Saadiens.

La dynastie mérinide se divise en deux branches : celle des Beni Merin et celle des Beni Ouattas. Les Beni Merin ont fondé la dynastie, ont régné pendant deux siècles et l’ont porté à son plus haut de puissance ; les Beni Ouattas n’ont eu d’autre mérite que de se maintenir au pouvoir jusqu’en 1550, sans jamais parvenir à retrouver l’éclat et le prestige de leurs prédécesseurs. Cela ne les a pas empêché, comme le dit Bressolette, de bénéficier eux aussi de la faveur populaire qui s’attache au souvenir de cette grande époque puisqu’un dicton à Fès les associe dans la même admiration : « Baad Beni Merin ou Beni Wattas, ma bqaoou nas » (Après les Beni Merin et les Beni Ouattas il ne reste personne).

Dans l’imaginaire populaire, la ville de Fès est liée au souvenir des Mérinides et il faut bien reconnaître qu’à chaque pas le pied « bute » sur un souvenir mérinide. Cependant les premiers rapports de la nouvelle dynastie avec les habitants de Fès furent difficiles. L’émir mérinide Aboû Yahyâ entre à Fès en 1248 où il réside presque une année. Lorsqu’il part à la conquête de nouveaux territoires, la population de Fès en profite, avec l’aide de milices chrétiennes, pour se soulever ; il rebrousse chemin, assiège la ville pendant plusieurs mois et prend définitivement possession de Fès en 1250. La ville est condamnée à verser cent mille pièces d’or à titre de réparation ; comme le versement tarde l’émir ordonne l’exécution de six notables responsables de la rébellion et leurs têtes sont plantées sur les remparts de la ville. Les Mérinides peuvent alors reprendre la conquête du reste du pays avant de revenir à Fès vers 1275.

Il n’est pas impossible que le mauvais souvenir de leur arrivée à Fès en 1248 ait conduit l’émir Aboû Yoûsuf Ya’koub à fonder une nouvelle ville : « Après avoir abandonné les palais qu’ils avaient dans la kasbah de Fès la Vieille, ils édifièrent la forteresse de Fès la Neuve qu’ils appelèrent la Blanche, et où ils allaient vivre plus en sécurité dans leurs maisons et avec leurs familles » écrit Marmol de Carjaval dans « La rébellion des Morisques ». Fès-jdid, d’abord nommée Al-madina al-Bayda (La ville blanche) fondée en 1276 est toute entière une création mérinide. Les Mérinides vont ensuite agrandir et embellir Fès. Sans entrer dans le détail on peut dire que sept des plus belles médersas de Fès sont mérinides. On peut rajouter la mosquée al-Hamra à Fès-Jdid et celle de Chrabliyine à Fès la Vieille. En fondant ces édifices, les Mérinides qui avaient conquis le pays par la seule force de leurs armes sans s’appuyer sur une idée religieuse, voulait acquérir le prestige religieux qui leur manquait.

003 Fort Chardonnet Ruines Msalla (1)

Cliché Service photographique des armées 1916 : Ruines mérinides sur la colline d’El Qollah

Les nécropoles mérinides, texte d’Henri Bressolette

Tafertast, où fut inhumé l’émir Abdelhaq ben Mahlou el Merini, peut être considéré comme le berceau de la dynastie en même temps que la première nécropole mérinide. Cet émir fut vraiment le premier grand chef, celui qui, grâce au prestige dont il jouissait, sut grouper autour de sa personne toutes les tribus nomades des Beni Merin. Ce prestige qu’il devait à sa piété et à sa vertu, au point que « les Mérinides ne se rendaient qu’à ses seuls avis » nous dit le Kitab el Istiqça, il sut le renforcer par son désintéressement. Le soir de la première victoire, après le pillage du camp des troupes almohades en fuite, il distribua tout le butin de la journée aux tribus Beni Merin sans rien garder pour lui-même ni sa famille disant à ses fils : « Qu’il vous suffise d’être loués et d’avoir triomphé de vos ennemis ».
La veille de livrer bataille à la coalition des Arabes Ria et des troupes envoyées par le sultan de Marrakech, l’émir réunit ses cheikhs, inquiets à juste titre, et leur dit : « O Beni Merin, tant que vous serez fidèlement unis dans le même esprit, que vous vous prêterez assistance pour lutter contre vos ennemis et resterez frères en Dieu, je n’aurai aucune crainte à vous lancer contre toutes les populations réunies du Maghreb. Mais si vos passions vous entraînent en sens contraire et que la mésintelligence vous divise, vos ennemis l’emporteront sur vous ». Tous lui jurèrent obéissance, faisant le serment de mourir plutôt que de l’abandonner et, le lendemain, leur soumission aux ordres de l’émir leur assura la victoire.

Cette victoire coûta la vie à leur émir vénéré et à son fils aîné. Mais c’est un des neuf fils restants qui fut élu pour lui succéder ; trois autres des fils d’Abdelhaq prendront successivement le commandement des Beni Merin et le dernier des quatre, Ya’qoûb fondera la dynastie en s’emparant de Marrakech en 1269 et régnera sous le nom de Aboû Yoûsuf Ya’qoûb ; dans sa tombe de Tafertast, l’émir Abdelhaq aura la satisfaction de voir ses descendants directs se succéder sans interruption et occuper, jusqu’en 1465 le trône qu’il leur avait préparé.

Nous ignorons où sont enterrés les trois premiers de ses successeurs, Othman, Mohammed, Aboû Bekr, bien que ce dernier, en s’emparant de Meknès, puis de Fès le 20 juillet 1248 ait fait accomplir un progrès décisif aux tribus mérinides.
Après la fondation de Fès-Jdid en 1276 et l’établissement définitif de la dynastie mérinide, les sépultures royales sont parfaitement connues. Elles sont au nombre de trois : Chellah près de Rabat, la Jama Kbir à Fès-Jdid et les tombeaux de la colline d’El Qolla, connus sous le nom de Tombeaux Mérinides, qui dominent la Médina de Fès.

Chellah

Porte du Chellah - copie (1)

Porte du Chellah. Rabat. Cliché service photographique de la Résidence 1929

Le Ribat de Chellah fut inauguré comme nécropole mérinide quand il reçut la dépouille  d’Aboû Yoûsuf Ya’qoûb qui mourut à Algésiras le 20 mars 1286. Enterré d’abord dans la mosquée de Bounia, ville qu’il avait créée près d’Algésiras, véritable tête de pont du détroit pour ses expéditions en Espagne, par la suite il fut transporté sur l’autre rive et finalement inhumé à Chellah.

On peut se demander pourquoi le fondateur de Fès-Jdid ne fut pas enterré dans la capitale qu’il avait bâtie. Voulut-il, pour dormir de son dernier sommeil, reposer près de Salé qui avait connu son premier succès contre les Espagnols ? Ou bien celui qui rêva de reconstituer, par la conquête de l’Espagne, le plus puissant empire almohade voulut-il abriter ses ambitions et ses rêves de grandeur à l’ombre de la Tour Hassan, témoin de la gloire almohade à son apogée ? Quoi qu’il en soit, ce choix, en donnant à Chellah une destination nouvelle, allait valoir à ce site plusieurs fois millénaires un surcroît de beauté.
C’est de l’époque mérinide en effet que datent la plupart des constructions qu’on y voit, et en particulier le vaste quadrilatère de l’enceinte. Commencée par le sultan Aboû Said après 1310 elle fut achevée par son fils Aboul Hassan en 1339. Franchie la porte aux bastions caractéristiques nous descendons vers la touffe de verdure d’où émerge le minaret patiné par l’or des siècles et dont les faïences polychromes s’harmonisent si délicatement avec le feuillage des figuiers et des micocouliers. Dans ce matin recueilli, éventés par la brise marine, écoutons le silence de ce lieu de repos que troublent seul le caquètement des cigognes et le murmure de la source voisine.

C’est là que dorment en paix Aboû Yoûsuf Ya’qoûb (1258-1286) mort à 75 ans, son fils Aboû Ya’qoub Yoûsuf (1286-1307) assassiné à Tlemcen à l’âge de 66 ans, Aboul Hassan Ali (1331-1348) arrière petit-fils de l’émir Abdelhaq, le plus puissant des souverains mérinides, détrôné par son fils Aboû Inân. Son tombeau est en belle pierre taillée. À côté des souverains reposent aussi des personnages importants de la cour royale, comme l’esclave chrétienne convertie à l’islam Chems Ed Doha (soleil du matin) qui fut la mère d’Aboû Inân.

Pendant la première moitié du XIVème siècle Chellah fut vraiment la nécropole royale mérinide, celle où l’on transportait les corps des souverains décédés au loin, à Algésiras, à Tlemcen ou dans l’Atlas.

Photo 14 - copie (2)

Chellah. Tombeau Aboul Hassan. Cliché H. Bressolette

 

Jama Kbir de Fès-Jdid

Pendant cette même période, la Jama Kbir de Fès-Jdid fut utilisée comme cimetière royal pour deux souverains.

Aboû Said Othman, père d’Aboul Hassan, après avoir régné de 1310 à 1331, y fut enterré le premier. Ibn Khaldoun nous apprend que ce souverain mourut entre Taza et Fès, alors qu’il était allé au devant du cortège amenant de Tunis la fille du roi hafside, fiancée de son fils Aboul Hassan.
« On déposa, dit-il, le corps du souverain dans la chambre de son palais de Fès où il avait l’habitude de se tenir et on confia aux personnages les plus saints de la ville le soin de l’ensevelir. » Et l’auteur du Kitab el Istiqça précise que la mort l’atteignit dans la nuit du 30 au 31 août 1331 et qu’il fut enterré dans une chambre du palais. Il est vraisemblable, d’après M. Bel, que la chambre en question est la Jama Gnaïz ou mosquée des morts de la Jama Kbir. La pierre tombale, en forme triangulaire mais longue et plate (mqabriya), ne porte aucune inscription permettant de l’identifier : seuls des versets du Coran se déroulent sur le marbre prismatique.

Quant à Aboû Inân,étranglé par son vizir, sa tombe, située au-dessous de la bibliothèque vient d’être mise à jour tout dernièrement à l’occasion des réparations effectuées à la mosquée.

Des princes et des princesses de sang royal partagèrent cette sépulture, entres autres la princesse mérinide Aïcha fille du sultan Aboû Farès Abd el Aziz qui mourut en 1390. Elle fut identifiée grâce à l’inscription, traduite par M. Bel, de la lame de marbre placée à la tête de la pierre tombale et qui se trouve aujourd’hui au musée du Batha.

006 Moulay Abdallah oued Fès copie (3)

Cliché service photographique des armées 1916 : Oued Fès, remparts de Moulay Abdallah et à droite la mosquée Jama Kbir

Les Tombeaux Mérinides d’El Qolla

À la mort d’Aboû Inân, Chellah fut abandonné. Faut-il penser que les troubles consécutifs à l’anarchie qui s’installe désormais dans le royaume mérinide obligèrent à élire un lieu de sépulture plus proche, d’autant plus que la plupart des souverains éphémères de cette époque connurent souvent un destin tragique ?

La troisième nécropole royale fut, à partir de la moitié du XIVème siècle la colline d’El Qolla , sur laquelle se dressent encore les deux tours carrées des Tombeaux des Mérinides, au nord de la médina de Fès . À vrai dire, la colline voisine sur laquelle fut édifié le fort Chardonnet avait été utilisée déjà comme lieu de sépulture pour de grands personnages de la cour mérinide. Lors des fondations du fort, deux stèles de marbre furent mises à jour : l’une était l’épitaphe de la petite princesse Zineb, née à Sigilmassa et morte à Fès dans une demi-disgrâce en 1335 ; l’autre, celle d’un haut personnage, Aboû Ali en Nasir, d’origine andalouse, mort au début du XIVème siècle. Ces deux stèles se trouvent aujourd’hui au Musée du Batha.

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Ruines des deux tours carrées des Tombeaux des Mérinides, au nord de la médina de Fès

Le premier souverain enterré sur la colline d’El Qolla fut Aboû Salem ben Ibrahim mort assassiné en 1361. Fils d’une esclave européenne, il avait d’abord était envoyé en Espagne à la mort d’Aboû Inân ; il voulut s’emparer du pouvoir et entra à Fès en 1359. Mais deux ans après, une révolte de ses troupes soudoyées par le gardien du palais, l’obligea à fuir. Trouvé endormi dans un village des bords de l’Ouergha, il fut reconnu sous son déguisement et eut la tête tranchée.

Le corps de son fils Aboul Abbès Ahmed, mort à Taza en 1393 fut inhumé également auprès de lui, de même que deux des fils de ce dernier, Aboul Faris Abd el Aziz , mort en 1396 et Aboû Amir Abdalah, mort en 1398.

Le dernier souverain mérinide inhumé sur la colline d’El Qolla fut le dernier représentant de la descendance directe de l’émir Abdelhaq, le sultan Abdelhaq ben Aboû Said qui régna de 1420 à 1465. Assassiné par ses sujets pour avoir accordé trop de crédit à un conseiller juif, il fut d’abord inhumé dans la mosquée de Fès-Jdid et ses restes, exhumés après un an, furent transportés à El Qolla.

Ainsi El Qolla fut la principale nécropole royale de 1361 à 1466 et la dernière des nécropoles mérinides. Sans aucun doute, les parois intérieures de ces tours reçurent une décoration aussi riche que les médersas mérinides, mais, aujourd’hui, nous ne pouvons en juger que d’après les récits de ceux qui les virent alors, entre autres Léon l’Africain, qui put les admirer au début du XVIème siècle :
« Il y a un palais hors de la cité du côté de tramontane, sur un assez haut couteau, là où se peuvent voir plusieurs et diverses sépultures d’aucuns roys de la famille Marin, lesquelles sont décorées de fort beaux ornements et pierres de marbre avec épitafes et pierres gravées en icelles, enrichies de vives couleurs, tellement qu’elles laissent les regardants non moins émerveillez par l’objet de leur superbe structure, comme grandement satisfaits par l’artifice non pareil de l’ouvrage incomparable qui y est représenté. » (Description de l’Afrique, tome II, page 172).

Depuis lors, les tombeaux n’ont cessé de monter une garde silencieuse sur la cité où s’affirma le premier succès des mérinides dans leur marche vers le pouvoir, sentinelles veillant sur la ville de Moulay Idriss à laquelle la puissance des mérinides avait rendu tout son éclat de capitale.

Ces tombeaux sont aujourd’hui en ruines et il ne subsiste plus que les vestiges des tours carrées, tout au sommet de la colline, près du fort Chardonnet. Un peu en contrebas se dressent encore des qoubas et les ruines plus imposantes du tombeau des Skalliyine « les Siciliens », dans lequel des fouilles très profondes ont été faites par les chercheurs de trésors, tous vestiges qui attestent que cet emplacement fut utilisé comme cimetière pour des hauts personnages.

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Cliché anonyme 1922 : ruines des tombeaux mérinides au flanc de la colline d’El Qollah

Quant aux tombeaux des souverains, il est impossible, en l’absence de toute inscription, de les attribuer à l’un plutôt qu’à l’autre de ceux qui ont été inhumés sur cette colline. Le visiteur pourra encore apercevoir des restes de frises et des motifs en plâtre sur les tours carrées mais la pluie a ruiné cette magnifique dentelle qui recouvrait les parois des tombeaux ; plus rien ne subsiste des panneaux de bois sculpté.

Les injures du temps et des hommes, le dédain affiché par les dynasties postérieures envers les souverains qu’elles venaient de supplanter, les troubles intérieurs qui firent souvent de ces tombeaux des réduits pour la défense, toutes ces causes ont conduits ces monuments à l’état de délabrement dans lequel nous les voyons aujourd’hui.

En continuant d’admirer le site grandiose que ces souverains mérinides avaient su choisir, on ne peut que méditer les paroles prononcées à cet endroit même par le savant docteur Ibn el khatib sur la tombe du sultan Aboû Salem ben Ibrahim :
« Les humains ici-bas n’ont que l’éclat du mirage : ils sont destinés à la mort et leurs travaux à la ruine ».

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Cliché anonyme. Ruines des tombeaux mérinides au sommet de la colline d’El Qollah. Vue sur la médina de Fès

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