Image à la une : Patio de la médersa Bu’Inanya. Cliché anonyme (années 20)

Il s’agit du texte de W. Calmel et Josernande paru dans l’hebdomadaire « l’Africain » (Alger) les 7,14 et 21 octobre 1932 sous le titre « Dans Fez la sombre ».
Cet article a été repris par le « Progrès de Fès » sous le titre « La merveilleuse histoire de la fondation de la mosquée Bou-Anania ! » le 22 mai 1938 et agrémenté d’une photo du minaret de la Bu’Inanya et une autre de l’horloge du même nom.

Ce soir-là, le sommeil fuyait mes paupières. Énervé, je tournais brusquement le commutateur électrique, inondant ma chambre d’un îlot de lumière, qui plaqua crûment sur les murs, l’ombre des meubles.
À proximité de mon lit était placé un petit guéridon de palissandre, sur lequel traînait une brochure à couverture mauve. J’allongeais le bras pour l’atteindre, et tombais en la feuilletant sur une nouvelle du Général Bruneau. Au milieu d’une page, les lignes suivantes attirèrent mon attention :
« Tout au fond de la plaine, par-dessus les collines violettes de la Haute-Moulouya, les hautes crêtes des Beni-Snassen se profilaient sur un ciel d’émeraude. Le soleil levant les drapait de toute la gamme des roses et des incarnats, tandis que leurs puissantes assises étaient noyées dans une ombre bleuâtre ».
Cette délicieuse évocation d’un paysage marocain reporta mon imagination vers les jardins enchantés où se complaît l’enfance et où poussent à profusion les fleurs et les fruits merveilleux : belles tulipes de Haarlem et pommes d’or des Hespérides.
Puis lentement dans mon esprit, se précisa le souvenir d’un voyage effectué deux ans auparavant de Tlemcen à Marrakech-la-rouge, dans une superbe limousine chargée de gais compagnons. Au cours de cette randonnée, notre aimable et érudit conducteur s’était gracieusement mis en frais de renseignements sur le pays que nous traversions et sur les mœurs de ses habitants.
Et il me semblait l’entendre encore nous raconter l’étrange histoire de la Mosquée de Sidi Bou-Anania, une des plus jolies, la plus jolie peut-être de la sombre et moyenâgeuse Fès.

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Portail d’entrée de la médersa sur le Talâa Kbira. Cliché signé Bouhsira (années 1920)

Pour la compréhension de ce qui va suivre, avait-il dit, souffrez que je vous donne quelques détails sur ce vieil empire du Moghreb qui, selon certains géographes, s’étendait jusqu’au delà de Madère et des Canaries. Les îles en question ne seraient, en effet, que les sommets de la fameuse Atlantide aujourd’hui engloutie au fond des eaux.
Il y a près de cinq siècles, les Béni-Mérine, détenteurs du pouvoir depuis 1326 se divisèrent en trois grandes familles, régnant : l’une à Fès, l’autre à Marrakech, la troisième à Sidjilmassa.
À la chute de cette dynastie, vers 1554, les Saadiens, installés dans la région du Drâa, prirent à leur tour le pouvoir jusqu’à l’avènement des Filaliens, dont un des premiers sultans fut Moulay-Chérif, auquel succédèrent Moulay Mohammed, Moulay Er-Rechid et enfin Moulay Ismael.

Bref, vers 1435, à Fès, où d’innombrables échoppes et fondouks montent une garde éternelle autour du tombeau de Moulay Idriss, situé au cœur de la ville, le sultan Abdallah Abou Saïd, s’ennuyait fort dans son palais. Tant et si bien qu’un de ses vizirs imagina d’introduire un soir, dans la cour mosaïquée de la royale demeure, des charmeurs de serpent, des jongleurs et des danseuses. Connaissant admirablement leur métier, les premiers parvinrent à dérider un instant le front soucieux du maître ; mais son visage semblait déjà se rembrunir, quand on vit s’avancer le groupe de danseuses aux voiles flottants.
Elles étaient toutes jeunes et belles. L’une d’entre elles surtout, par sa forme sculpturale, ses yeux ardents et noirs, sa chevelure abondante, sa chair laiteuse et sa remarquable souplesse, retint longtemps l’attention du prince mérinide. Il s’enquit de ses origines – qu’elle dissimula de façon fort adroite – et lui proposa de rester au palais. Elle accepta sans hésitation, et il arriva alors ce qui fatalement, devait arriver.

Sa Majesté devint de plus en plus atrabilaire et acariâtre, et c’est en vain que les gens de son entourage cherchaient sur ses lèvres l’ombre de plus léger sourire.
Les uns disaient sincèrement : – « Le seigneur est malade, et Si El-Hosni, le toubib ne s’en aperçoit point ». Les autres, avec hypocrisie, le plaignait en songeant : – « Le sultan est triste, sa cervelle doit forger un de ses mauvais tours dont il est coutumier. Méfions-nous, et paraissons le moins possible devant son auguste et capricieuse personne. Qu’Allah nous tienne en sa sainte garde ! » D’autres enfin – les plus clairvoyants peut-être – attribuaient ce marasme à des ennuis domestiques.
Les femmes, en effet, maugréaient et se liguaient contre l’intruse. Inutilement d’ailleurs, car un matin le sultan parut, le cœur débordant d’allégresse. L’amour fait de ces miracles. En l’occurrence, celui de la danseuse Azaria fut le meilleur dictame. Elle devint sa favorite, puis son épouse, au grand scandale de la cour qui ne voyait en elle que la triste et répugnante épave d’une vie de débauche.

Or, toutes les cours sont identiques : elles pullulent de courtisans dont les langues recèlent un venin aussi dangereux que celui des vipères. Des réflexions désobligeantes parvinrent donc jusqu’aux oreilles d’Abou-Saïd, par l’organe des gens infiniment heureux de le mortifier, tout en paraissant lui rendre service. On ne pouvait comprendre, était-il souvent répété, que le sultan se fut acoquiné de la sorte. C’était presque le cri général, et l’on ajoutait que rien d’heureux ne sortirait de l’aventure car nulle bonne chose ne saurait pousser sur le fumier.

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Médersa Bu’Inanya. Photographie des Services Photographiques de la Résidence. 1929

En pleine lune de miel, celui dont le pouvoir était assez étendu pour faire pendre ses sujets, du plus petit jusqu’au plus grand, traita d’abord par le mépris ces réflexions anonymes, et à son avis aussi regrettables que malséantes bien qu’assez justes.

Puis, la colère fit bientôt place à l’indifférence et le sultan allait ordonner l’exécution de ceux qui le flattaient sans cesse et qui, pensait-il, l’écorchaient le mieux, dès qu’il avait tourné les talons, lorsque, au cours d’une promenade, il aperçut un vaste bourbier.
Il se frappa aussitôt le front et dit :
– « Qu’Allah m’assiste, et dans quelques mois cette fange aura fait place aux assises d’une mosquée ».
Pour exécuter ce projet il s’assurera le concours du meilleur architecte de l’empire, et un an après, les croyants comptèrent avec orgueil un superbe édifice de plus, où ils purent à loisir célébrer les louanges du Très-Haut.
Une fois l’ouvrage terminé, le sultan manda auprès de lui son premier ministre et, par devant témoins, lui tint à peu près ce langage :
– « J’ai intentionnellement, fait bâtir ce sanctuaire sur un cloaque, afin que ceux qui prétendent que rien ne vient sur le fumier, puissent constater leur erreur. Mes oreilles ont été trop longtemps rebattues de leur sotte affirmation, je veux que cesse tout cancan, faute de quoi je me verrai contraint de faire préparer pour eux une bonne corde en poils de chameau. Allez en paix, et méditez ce sage conseil ».

Bu Inanya (1)

Cliché Bouhsira vers 1920. Une partie de la salle de prière de la médersa Bu’Inanya

Au lendemain du jour historique où Marguerite d’Écosse, traversant la chambre d’Alain Chartier, et le voyant endormi, l’embrassa dans le seul but d’honorer la poésie, on laissa pénétrer à l’Hôtel Saint-Pol un étranger pauvrement vêtu, mais muni (on se demande comment) de la recommandation d’un grand seigneur. Conduit devant Charles VII, il déclara venir en droite ligne de la capitale de l’empire ottoman, pour communiquer à Sa Majesté des documents de haute importance. Et le roi reçu alors des mains du mystérieux personnage, une volumineuse enveloppe contenant plusieurs plis, dérobés par un esclave dans un « sendouk » du vieux Palais.
Trois d’entre eux exposaient un plan primitif d’envahissement de la Hongrie lequel, d’ailleurs repris plus tard par Soliman II aboutit à la victoire de Mohacz. Les autres étaient destinés à la danseuse Azaria.

Le fils d’Isabeau de Bavière (Charles VII est le fils de Charles VI et de la reine Isabeau de Bavière) apprit ainsi que la présence de cette femme auprès du Prince mérinide cachait un piège tendu à ce dernier par le sultan Amurat II, que venait de rendre célèbre sa victoire sur Jean Hunyade. Jaloux de la renommée d’Abou Saïd, le commandeur du Croissant avait, en effet, détaché une odalisque de son sérail, lui donnant pour mission de capter l’amour et la confiance du Moghrebien de façon qu’il délaissa les affaires de son royaume, et que ses sujets justement exaspérés se soulevassent contre lui.
Mais l’homme propose et Dieu dispose ; devenue l’épouse légitime d’Abdallah Abou Saïd, Azaria oublia bientôt les perfides raisons qui l’avaient conduite jusqu’à lui.

Quelques mois s’étaient écoulés, au sein d’un bonheur qu’elle n’eût jamais cru possible, lorsqu’un musulman, venant de très loin, après avoir effectué un formidable crochet pour aboutir au marché de Taroudant, où il s’était fait vendre comme esclave fut admis au palais en qualité de serviteur. Au bout de quelques jours mis à profit pour reconnaître les lieux et se mettre au courant des habitudes de la royale demeure, il réussit à tromper la surveillance des gardiens de la sultane, et à s’introduire auprès d’elle.
Surprise, et fortement émue, par la brusque apparition de l’inconnu, elle songea immédiatement au terrible danger qu’ils couraient ensemble.
– « Malheureux, s’écria-t-elle, sors vite, car ta vie en dépend ».
– « Je le sais, ô femme, mais en ce moment ton existence n’est guère mieux assurée que la mienne ».
– « Qui es-tu ? Et que me veux-tu, insolent étranger ? Parle, car le temps est précieux ».
– « Qui je suis ? Peu t’importe. On m’appelle Ndejid. Ce que je veux ? T’apprendre que dépêché par notre commun seigneur Amurat II, je suis venu pour te rappeler ses ordres ».
À ces mots, prononcés d’une voix basse et sifflante, la jeune femme tressaillit.
– « Dieu est grand, poursuivit l’émissaire et sa justice est infinie. Vois ce poignard. Si tu ne renonces à goûter béatement les plaisirs de ta position nouvelle, si tu faillis à la mission, l’acier vengeur transpercera ton sein ».
– « Va-t’en messager maudit. Je ne suis plus cette Azaria qu’un maître jaloux et brutal réduisit au rôle ingrat d’espionne et d’agitatrice. L’amour m’a rachetée. La femme est faite pour aimer, et non pour allumer au cœur des mâles les feux criminels de la révolte. Que Dieu me protège ! Mektoub ! »
– « Puisque c’est là ton dernier mot, reprit son interlocuteur, tremble pour tes jours, renégate, car si tu parvenais à te débarrasser de moi avant que j’aie pu accomplir mon œuvre de vengeance et que, par surcroît, il me fût impossible de tout révéler avant de mourir, songe que d’autres viendront ensuite, auxquels tu devras rendre des comptes ». Et Nedjid d’un pas rapide et furtif se perdit dans les corridors.
Quelques instants après cette dramatique entrevue, une servante pénétra dans le gynécée. Elle se précipita vers sa maîtresse, dont la pâleur l’étonna et, la croyant malade, lui offrit ses services.
– « Merci Nedjma, je n’ai besoin de rien. Me sentant très lasse, je désire seulement me reposer un peu ».
-« Dieu soit loué ! » dit l’esclave en sortant.

La nuit vint. Dans un ciel bleu sombre, saupoudré de myriades de brillants, le croissant n’avait pas encore paru. Les euphorbes de la plaine se courbaient au vent du soir, tandis que dans le palais tout paraissait dormir.
Nedjid jugea l’instant propice. À la faveur de l’ombre, il se glissa sous les arcades d’un vaste patio. Deux ou trois fois, il s’arrêta pour écouter des bruits suspects. Mais c’était le bruissement des jets d’eau qui semblaient pleurer dans les vasques, ou les cris lointains des chacals affamés hurlant aux étoiles. Il parvint sans encombre jusqu’à une porte adroitement dissimulée dans le mur d’un corridor. La poussant alors doucement, il pénétra dans la chambre de la sultane endormie et n’hésita plus. D’un geste prompt comme l’éclair, il lui planta son poignard dans le cœur. Puis faisant froidement demi-tour, l’assassin quitta les lieux, par un chemin prévu pour son évasion.

Déguisé en mendiant, il crut prudent de rester en ville, car Abou Saïd, en constatant le crime, ainsi que l’ absence du nouveau serviteur, ne manquerait pas de l’accuser, et de le faire activement rechercher en tous lieux. Le calcul était bon, mais la cause d’Azaria était juste, et Dieu ne voulut point que le forfait demeurât impuni. Sous son déguisement et malgré ses précautions Nedjid fut reconnu.
La torture lui ayant arraché des aveux complets, il fut condamné à être pendu à l’un des créneaux du mur d’enceinte de la ville. Le sultan pleura longtemps son épouse. Et la foule des détracteurs et des courtisans, aux langues vipérines, put constater, une fois encore qu’il peut, malgré tout, pousser quelque chose de bon sur le fumier.

 

002 Patio Bu Inanya

Patio médersa Bu’Inanya. Cliché (à partir plaque de verre) de la Bibliothèque générale du Protectorat, vers 1920

Cette histoire est tellement « merveilleuse » qu’elle est totalement inexacte au plan historique ! La médersa Bu’Inanya a été édifiée entre 1350 et 1355 à l’initiative du sultan mérinide Abou Inan. Elle portait originairement le nom de Muttawakkiliya, d’après le surnom d’Abou Inan  » El Mottawaquil ala Allah : celui qui s’en remet à Dieu », mais elle fut spontanément rebaptisée par la reconnaissance populaire, et le nom de Bu’Inanya rappelle encore de nos jours le prestige de ce souverain. Un poème gravé dans le marbre, près de la salle de prières nous donne la date d’achèvement « J’ai été construite et complètement achevée ; fixe cette date pour qu’elle soit une indication certaine : six années après que cinquante étaient accomplies et qu’avant elles s’étaient écoulés sept siècles » soit 756 de l’Hégire (1355). Elle avait été commencée en 751 H (1350).

« Pour la compréhension de ce qui va suivre, avait dit l’aimable et érudit conducteur de notre auteur, souffrez que je vous donne quelques détails sur ce vieil empire du Moghreb ». Mais tous les détails donnés et/ou rapportés sont faux. La construction de la médersa était achevée depuis plus de quatre-vingts ans en 1435.

Le texte de Calmel et Josernande évoque un sultan Abdallah Abou Saïd qui s’ennuyait fort à Fès en 1435 et qui aurait fait bâtir la médersa Bu’Inanya. Il n’y avait aucun sultan de ce nom à cette époque ! Il y avait eu un sultan Abou Saïd Othman III, assassiné en 1421. Son fils, Abou Mohammed Abd-el-Haqq, qui lui a succédé avait … 1 an au décès de son père et fut « sous tutelle » de vizirs jusqu’en 1437.

Charles VII, fut couronné Roi de France en 1429 ; mort en 1461 il aurait pu connaître le sultan qui s’ennuyait à Fès en 1435 … mais certainement pas Abou Inan étranglé par son vizir le 29 novembre 1358 !!

Soliman II dont il est ici question devait être en réalité Soliman le Magnifique, vainqueur de la bataille de Mohacz en 1526. Il a parfois été appelé Soliman II – j’ignore la raison – alors qu’il était le 1er du nom et 10ème sultan ottoman. Il y eut ensuite un Soliman II, en 1687 et qui était le 20ème sultan ottoman.

L’histoire du « lendemain du jour historique où Marguerite d’Écosse, traversant la chambre d’Alain Chartier, et le voyant endormi, l’embrassa dans le seul but d’honorer la poésie… » relève davantage de la légende que de la réalité : Marguerite d’Écosse ne vint en France qu’en 1436 … après la mort d’Alain Chartier (1429 selon l’Encyclopédie Universalis), et quand notre poète la vit en Écosse, lors de son ambassade de 1427, la future dauphine n’avait que trois ans ! On peut cependant laisser le bénéfice du doute à notre « aimable et érudit conducteur » car le mythe du baiser sur la bouche fut repris par de nombreux poètes et écrivains, et immortalisé par des peintres dont Pierre-Charles Comte en 1859 !

Amurat II ou Mourad II, 6ème sultan ottoman régna de 1421 à 1451, et battit effectivement Jean Hunyade en 1448. Il aurait pu mandater à la cour du sultan mérinide une de ses odalisques à cette époque … mais l’heureux bénéficiaire ne pouvait évidemment être le sultan Abou Inan.

Ce que l’on sait de la construction de la médersa Bu’Ananya c’est que, souverain orgueilleux, Abou Inan voulait créer un monument qui dépassât l’œuvre de tous ses prédécesseurs. Les sultans en fondant les médersas avaient généralement le désir de mériter les faveurs d’Allah, de faire œuvre pieuse, de restaurer ou de développer l’enseignement religieux, un moyen de s’attirer aussi les faveurs divines. Un autre mobile en construisant ces médersas était de renforcer leur puissance politique, car cette puissance s’affermissait en fonction de leur prestige religieux.

En dehors de ces motivations « classiques » Abou Inan avait-il d’autres intentions en faisant bâtir la Bu’Inanya ? Plusieurs légendes existent sur la fondation de la médersa : l’une d’elle raconte qu’Abou Inan ayant évincé son père pour s’emparer du pouvoir et torturé par le remords, aurait cherché à retrouver la paix et pour se racheter a fait construire cette fondation pieuse plus belle que tout ce qui existait. (Le bruit avait couru que son père le grand sultan noir Aboul Hassan avait trouvé la mort sous les murs de Tunis, Abou Inan décide alors de se rendre maître de tout le royaume et reçoit des hauts dignitaires le serment de fidélité. Mais voilà que le père qui n’était pas mort réapparaît au Maroc : Abou Inan se trouve alors être le rival de son père et l’usurpateur du trône. Il décide de poursuivre son père qui se réfugie dans l’Atlas et il conserve le pouvoir).

Une autre légende dit que l’on reprochait à Abou Inan sa passion pour une femme indigne : pour obtenir le pardon il aurait décidé de créer cette médersa. Cela ressemble à la « merveilleuse histoire » qui nous est ici contée …même si les repères temporels sont différents.

Le choix de l’emplacement, pour certains auteurs, n’est pas anodin : la médersa Bu’Ananya a été construite au bord de l’oued Lemtiyine qui servait à l’évacuation des ordures du quartier de Bou Jeloud. Lors de l’inauguration, Abou Inan fit remarquer que même sur un tas d’immondices, il est possible d’édifier quelque chose digne de Dieu. Certains pensent que le Sultan par ce propos, voulait réduire à néant tout ce que ses ennemis pouvaient avoir à lui reprocher quant à son comportement parfois discutable.

Les travaux furent longs et onéreux et on raconte que le jour où le nadir (intendant) des Habous lui présenta le livre de comptes, le Sultan Abou Inan n’aurait pas daigné consulter le livre et déclara : « Ce qui est beau n’est cher, tant grande en soit la somme, ni trop se peut payer chose qui plaît à l’homme ».

J’ai hésité à mettre cet article en ligne … mais il est parfois bon de montrer comment s’écrit et se fait l’Histoire !! Ce qui est surprenant c’est que le Progrès de Fès, dont le directeur Marcel Bouyon avait la prétention de faire œuvre d’historien – ce qu’il faisait habituellement de manière remarquable – ait publié, sans aucune réserve, un tel article dans ce numéro du 28 mai 1938 qui était consacré à l’Histoire de Fès !

Medersa el Attarine 348 (4)

La salle de prières de la médersa Bu’Inanya. Cliché Résidence générale 1929