Image à la une : Le dispensaire gynécologique musulman dans les locaux de l’ancien Hôpital Auvert à Bab el Hadid. Cliché de 1936/37.

La Maternité Andrée Saint avait une annexe installée dans l’ancien Hôtel Transatlantique, place Gaillard – en face de la Poste du Batha -. La fermeture de la Maternité Saint, en février 1935, a entraîné, quelques semaines après, la fermeture de cette annexe au motif qu’il n’y avait plus d’argent pour payer le personnel de la Maternité « Indigène » ! qui dépendait de la Maternité de la ville nouvelle. (La maternité Andrée Saint à Fès)

À la vérité, cette fermeture ne fut effective que pendant quelques jours, le temps de régulariser une situation administrative imprécise et d’assurer à la nouvelle formation des ressources régulières et normales.

L’annexe musulmane de la « Maternité Andrée Saint » est devenue le « Dispensaire Gynécologique Musulman », géré et administré sous la direction du Service de Santé et d’Hygiène Publiques et qui a globalement repris l’activité précédente. Une doctoresse, le Dr Juillard, est à la tête de cette formation qui comprend, à l’origine, une infirmière diplômée française, une secrétaire-interprète et trois femmes de service. Ce personnel devait rapidement se révéler insuffisant et il a fallu renforcer personnel et équipements au fur et à mesure des besoins.

Ce dispensaire est en quelque sorte une antenne féminine de l’Hôpital Cocard, l’hôpital « indigène », avec lequel il y a une liaison constante chirurgicale, médicale et biologique.
En 1935, une Maternité « indigène » ne peut se comprendre qu’en tant que formation hospitalière car l’idée d’accoucher hors de chez elles est une idée qui répugne encore aux femmes musulmanes et à leurs familles. Cette formation hospitalière est essentiellement médicale car si une intervention chirurgicale est nécessaire la patiente est transférée à Cocard.

Le but du dispensaire est de soigner les innombrables « blessées du ventre » et de leur éviter une stérilité définitive ; il assure aussi la protection maternelle et infantile (en quelque sorte l’ancêtre de la P.M.I. qui date de 1945 !) en ce sens qu’il se propose de lutter contre l’importante mortalité infantile en faisant de la prophylaxie pré-natale, en suivant les femmes du début de la grossesse jusqu’à son terme ; son rôle est aussi d’anticiper les accouchements difficiles ou impossibles naturellement et éviter ainsi aux futures mamans les manœuvres dangereuses et parfois mortelles des matrones.
Enfin, un autre de ses buts est de traiter les femmes atteintes de syphilis – appelée parfois « la grande avorteuse » -, de leur permettre d’avoir des bébés en bonne santé, de les conseiller, de suivre le nourrisson, de le traiter au besoin. (La syphilis est alors une maladie fréquente, et il y a à Fès un dispensaire antisyphilitique confié au Dr Louis Salle qui a succédé aux Drs Decrop et Lacapère).

À plus long terme, le Service de Santé et d’Hygiène publiques, envisage à Fès la formation de sages-femmes marocaines – une école sera ouverte à l’Hôpital Cocard après 1944, mais les premières écoles de sages-femmes marocaines à Marrakech, Mogador, Rabat et Casblanca datent de 1930 – qui iraient à domicile accoucher les femmes musulmanes suivant les techniques modernes au lieu des pratiques empiriques qui persistaient encore nombreuses dans les années 1930/1940.

Le Dispensaire gynécologique musulman a assuré dans le dernier semestre de 1935, 1200 à 1500 consultations par mois … preuve qu’il répondait à une nécessité.

Sa situation, place Gaillard (au Batha) n’était pas satisfaisante surtout si l’on voulait que le Dispensaire évolue vers une maternité : lieu bruyant et passager, il renforçait les réticences des marocains à y envoyer leurs femmes pour accoucher.
Quand l’Hôpital Auvert a été transféré, en septembre 1935, à Dhar Mahrès, on envisage d’installer la Maternité « indigène » dans les locaux ainsi libérés : trois pavillons avec jardin, arrosé par une dérivation de l’Oued Fès, une végétation luxuriante, un quartier tranquille, d’accès facile et discret étaient des atouts non négligeables pour une maternité.
Les jardins et les pavillons de l’ancien Hôpital Auvert font retour, comme prévu, à la famille Bennis, sauf les pavillons où logeaient les religieuses : la Maternité « indigène » s’y installe en juillet 1936.

J’ai trouvé dans « Hygiène, Médecine et chirurgie au Maroc » L’œuvre médicale française au Maroc. Édition de l’Afrique du Nord illustrée. 1937, un article de la doctoresse Juillard. Mme Juillard, diplômée en 1932 de la Faculté de Médecine de Lyon, en Puériculture, Hygiène et Médecine coloniale est médecin-chef des Dispensaires gynécologiques musulmans. Elle confirme dans cet article l’implantation du Dispensaire dans une partie des locaux laissés vacants par le transfert de l’Hôpital Auvert.

« Le dispensaire gynécologique musulman est une nouvelle formation de la Santé et de l’Hygiène Publiques, datant d’un peu plus d’un an, et réservée aux musulmanes seules. Du fait des circonstances, il est uniquement composé d’un personnel féminin, ce qui n’est pas pour déplaire à certains fasi.

Les malades y viennent nombreuses – une centaine environ par matinée – et en attendant d’être examinées, elles aiment à se réunir et à palabrer dans le cadre verdoyant des jardins de l’ancien hôpital Auvert.

En dehors des consultations et des soins gynécologiques proprement dits qui forment la base de l’activité du Dispensaire, il existe une consultation des maladies vénériennes, dont les malades viennent assez régulièrement se faire traiter ; et une consultation prénatale où les femmes sont suivies jusqu’au terme de leur grossesse.

Le cas échéant, à toutes celles-là, on ne peut refuser une consultation de médecine générale lorsqu’elles la demandent. Par ailleurs, une consultation d’enfants y est aussi adjointe, car les mères trouvent naturel et commode la consultation familiale. En somme, le dispensaire gynécologique musulman est un centre féminin, ou plutôt un centre maternel qui est en liaison constante avec l’hôpital Cocard.

Parmi les consultantes, il est curieux de noter la proportion importante de femmes stériles, ou qui se croyant enceintes depuis plusieurs années d’un « enfant qui dort » viennent demander une confirmation scientifique de leur croyance parfois intéressée. La stérilité est bien le drame féminin de l’Orient.

Le personnel comprend en plus du médecin, deux infirmières françaises et une infirmière indigène. À l’exemple de cette dernière, une jeune équipe d’infirmières indigènes pourrait être constituée et celles-ci deviendraient à l’instar des visiteurs de l’Enfance et des visiteurs de l’Hygiène de précieuses auxiliaires pour la lutte contre l’effroyable mortalité infantile de la Médina Elles pourraient être appelées à faire des accouchements normaux à domicile, à diriger les dystociques sur l’ hôpital et remplaceraient avantageusement les matrones actuelles à l’empirisme moyenâgeux. Elles pourraient encore faire aux malades des causeries en langue arabe sur des questions élémentaires de puériculture et d’hygiène.

Pour l’instant, le Dispensaire se contente de traiter et de distribuer gratuitement les médicaments. Largesses obligatoires, car il est rare qu’un mari dépense pour soigner sa femme et même dans les familles aisées, peu nombreuses sont les favorisées qui bénéficient d’un tel avantage.

Aussi le nombre des malades qui le fréquentent augmente chaque jour témoignant ainsi de l’intérêt qu’il suscite parmi les femmes de la Médina.

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La doctoresse Juillard

Dans la publication « Hygiène, Médecine et chirurgie au Maroc » L’œuvre médicale française au Maroc, de 1949, par Édouard Sarrat, il est encore fait mention du Dispensaire gynécologique réservé aux musulmanes seules, toujours en liaison avec l’Hôpital Cocard « pour tout ce qui concerne la chirurgie, la médecine et la désinfection ». Le dispensaire donne ses soins aux femmes enceintes et aussi aux petits bébés qu’elles mettent au monde. Il est toujours situé dans les locaux de Bab el Hadid et son fonctionnement paraît identique à ce qu’il était à la fin des années 30. Il est fait état de 48.834 consultations en 1947 et seulement de 23.121 en 1948, sans que les raisons de cette baisse de plus de 50% du nombre de consultations ne soient expliquées.

Je n’ai pas de données sur le devenir de ce Dispensaire gynécologique musulman après 1949.