Image à la une : « La Kalaa-Sefrou deux grands oiseaux blancs posés dans un nid de verdure ». Cliché anonyme, des années 1930. Au premier plan La Kalaa (ou La Kelaa), derrière le mellah et la médina de Sefrou. Photo prise de la route du marabout Sidi Bousserghine et du Fort Prioux

Article anonyme publié dans  » La Vie Marocaine Illustrée « . Journal officiel de la fédération des syndicats d’initiative et de tourisme du Maroc. Numéro consacré au Tourisme 1932.

La Kalaa-Sefrou deux grands oiseaux blancs posés dans un nid de verdure ; des coins de Saint-Cloud dans la lumière d’Afrique ; une oasis au charme prenant, dans un cadre étroit de montagnes de neige et de rocs dénudés.

On connait de Sefrou, ses souks, son mellah, ses ruelles, ses cascades, ses moulins, le lavoir des juifs où les notes rouges des fichus de femmes, les jaunes éclatants des bassines de cuivre, les groupes de laveuses au travail dans l’eau, dans le plein soleil, se détachent brutalement sur un fond de mur lépreux, écaillé par le temps.

C’est, plus loin, le paysage romantique du pont de bois sous lequel l’eau s’effondre, tapageuse entre les roches noires. Les initiés vont jusqu’à ses pressoirs où le jour n’entre qu’à regret, dévoré par les murs noirs de suie, où l’œil, dans la pénombre, perçoit brusquement la meule de Samson et le levier de Titan que discipline une vis à bois géante. Ses fondouks s’emplissent, aux jours de souk, d’ânes, de mulets, de chevaux. serrés, parqués dans tous les sens, tandis que les Berbères, au parler rude, aux visages mal équarris, plus brûlés et plus fouillés de rides qu’un masque de paysan de France, déambulent au marché, devant les cages étroites des boutiques où il n’y a place que pour le marchand, juif ou musulman, éternellement assis au centre d’un entassement d’étoffes ou d’épices.

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 Sefrou : berbères autour d’un âne convulsant. Photo Max Legarçon. Vers 1930

Rarement on s’aventure dans quelques vastes cours sur lesquelles prennent jour les ateliers de tisserands, tableaux de petit maître hollandais qui aurait porté sa palette en pays d’Islam, pour y croquer le vieux métier de bois poli par les ans, les blancheurs des burnous et des haïks tendus sur les harpes de la trame, les bambins qui, par terre, tournent des rouets primitifs, ajoutant encore de l’intimité au ronronnement de l’atelier au travail.

Mais le visiteur pressé ne jette qu’un coup d’œil aux vieux remparts crénelés, rouges et bruns qui enjambent l’Oued sur un fond de verdure dans l’échappée d’une coulée de maisons blanches et il revient à son auto, sur la place de Bab-el-Mekkam, affectionnée des juives aux amples jupons blancs, aux foulards de soies chatoyantes, aux longs châles laineux d’Europe qui ont, malheureusement, remplacé les riches tissus des Indes et il part, ignorant la beauté des jardins de Sefrou ».

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Bab el Mekkam : entrée de Sefrou en arrivant par la route de Fès, et départ des cars pour Fès.

Au hasard des chemins creux, au long desquels chante le murmure des sources innombrables, il faut se promener « dans les merveilleux jardins aux grands bois touffus dont le feuillage épais répand sur la terre une ombre impénétrable et une fraîcheur délicieuse ».

Dans la caresse du soleil de mars, les saules dénouent leur chevelure verte, les cerisiers épanouissent leurs branches en fleurs de neige, les oliviers avivent leurs feuillages argentés, les figuiers déploient des verts veloutés, les aloès, les cactus d’un bleu laiteux dressent rudement, leurs silhouettes d’apocalypse, les micocouliers, les frênes s’élancent en claire futaie, les vignes aux troncs séculaires serpentent sataniques jusqu’aux cimes.
Dans les clairières, les blés et les orges naissants s’étalent en larges nappes vertes arasées comme les hautes laines d’immenses tapis berbères.

Au flanc de terrasses ombragées, une Ville Nouvelle se développe malgré la crise économique. Cité-jardin, elle accentuera auprès de la Ville indigène le contraste qui fait le charme de ce coin du Maroc : « Un chant de France sur des harmonies d’Islam ».

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Banquet sous les saules pleureurs des jardins de la piscine municipale. Pas d’indication sur le motif des festivités !