Image à la une : Dar Adiyel, premier étage. Cliché personnel de 2012

D’abord résidence du gouverneur de Fès à l’époque de Moulay Abdallah, Dar Adiyel, bâtisse du XVIIIe siècle devint propriété de l’État et abrita la trésorerie à partir du XIXe siècle. Elle fut ensuite transformée en musée d’artisanat marocain pour finalement accueillir récemment le Conservatoire de la musique classique andalouse.

J’ai retrouvé quelques textes autour de Dar Adiyel et de son histoire, un peu différente selon les auteurs.

Prosper Ricard, dans un article intitulé Dar Adiyel ou Maison des Beaux-Arts, de la revue Maroc-France, septembre 1919, évoque la découverte de ce bâtiment en 1915 :

La famille Adiyel existait à Fès il y a près de deux cent ans. Elle fut assez célèbre pour donner à la ville plusieurs gouverneurs. Opulents comme tous les grands seigneurs marocains, ceux-ci construisirent de belles habitations et plusieurs établissements de rapport. C’est ainsi qu’on leur attribue le Dar Adiyel, le fondouk Nejjarine, que tout visiteur de Fès connaît et le fondouk Sagha, élevé sur la place du marché aux œufs. Toutes constructions de belle venue et bien caractéristiques de l’architecture de Fès dans la première moitié du XVIIIe siècle.

Un tel étalage de richesses devait provoquer l’envie. Le sultan lui-même n’en fut point exempt. Adiyel fut mis aux fers ; la plus belle de ses femmes fut emmenée au harem du souverain ; ses biens furent confisqués. C’est ainsi qu’aux beaux temps de l’anarchie marocaine, des biens particuliers devenaient biens Makhzen. Mais rien n’est durable dans ce monde. Adiyel fut remis en liberté, sinon réintégré dans ses biens, et la légende raconte que le sultan, pour éviter tout remords, garda seulement le Dar Adiyel comme propriété personnelle et constitua biens de mainmorte les fondouks Nejjarine et Sagha. La chose n’est cependant pas très claire et voilà pourquoi deux services, Habous et Domaines, font valoir des droits sur deux immeubles dont les revenus sont assez importants.

Quel que soit leur propriétaire réel, les monuments en question restent, marquant une intéressante étape de l’art fasi. Quant au Dar Adiyel, il était au moment de notre arrivée à Fès, dans un état complet de dénuement. Il avait bien servi, sous les derniers règnes, de maison de recettes pour les revenus Makhzen, de magasin à salpêtre pour la fabrication des poudres : c’étaient des raisons nouvelles de dégradations sans remède. Aussi quand nous le visitâmes  pour la première fois, en 1915, les piliers de ses galeries s’incurvaient-ils d’une manière inquiétante, ses parquets et terrasses s’effondraient et ses murs s’éventraient à tel point qu’il fallait prendre les plus grandes précautions pour n’y pas risquer sa vie.

Malgré cela  – ou peut-être à cause de cela – M. Tranchant de Lunel se mit un jour en tête de relever cette ruine. C’était de l’audace. Tout le monde non seulement sourit mais critiqua facilement et abondamment le projet. On fut encore bien plus surpris lorsque l’on apprit que le Résident Général entrait dans les vues du Directeur du service des Beaux-Arts. Les travaux furent entrepris : le bâtiment consolidé, les terrasses et planchers refaits, les piliers redressés et la décoration reprise. On ne dépensa pas plusieurs centaines de milliers de francs, comme beaucoup le laissait entendre. On n’en dépensa même pas une centaine.

Dar Adiyel 1925

Dar Adiyel en 1925. Cliché intitulé « Maison Vicaire ». L’auteur est Eugène Villard (1863 – 1953), professeur de clinique gynécologique et chirurgien à Lyon. Cliché obtenu à partir d’une plaque de verre.

Et on possède aujourd’hui une maison entièrement reconstituée, digne de servir à son affectation nouvelle de Maison des Beaux-Arts : c’est-à-dire renfermant au premier étage, les bureaux des Monuments historiques, au rez-de-chaussée ceux des Arts indigènes avec les reconstitutions d’objets d’art local. Ces reconstitutions sont groupées dans quatre salles :

– première salle : poteries de Fès, exécutées d’après d’anciens modèles réunis au musée du Batha par des artisans qui s’appliquent à parfaire leurs formes, à préparer de meilleurs émaux, à épurer leur décor.

– deuxième salle : carreaux céramiques de Fès, imitant de vieux et rares spécimens trouvés sur place et susceptibles d’être employés dans l’architecture moderne.

– troisième salle : tissus de soie brochés, exécutés sur métiers à la grande et à la petite tire ; bronzes gravés ; cuivres emboutis et ciselés ; lanternes ajourées ; bois menuisés, sculptés et peints.

– quatrième salle : tapis à points noués et à haute laine presque entièrement exécutés avec des laines naturelles, sur l’inspiration de l’auteur de cet article, par l’ouvroir des Sœurs franciscaines de Meknès.

Il reste à classer les nombreuses reliures et broderies qu’exécutent aujourd’hui avec art la jeune pléiade d’ouvriers et d’ouvrières ramenés aux bonnes traditions et dont les travaux remportent le plus vif succès. Tous les objets sont ainsi réunis dans le cadre qui leur convient et l’ensemble constitue à juste titre l’une des attractions de Fès à la fois les plus utiles et les plus attachantes.

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Dar Adiyel. Premier étage. Cliché personnel. Avril 2009

À une époque de critique outrancière, il est juste de rendre à César ce qui appartient à César et de louer hautement l’initiative de M. Tranchant de Lunel et la décision du Résident Général qui, envers et contre tous ont sauvé de la ruine une maison de beau style. La preuve que l’affaire est bonne, non seulement en théorie mais encore en pratique,  c’est que le Service des Habous, à l’étroit dans ses locaux a demandé à acquérir le Dar Adiyel, offrant de solder toutes les dépenses qui y ont été faites. Ce ne sont pourtant pas les immeubles qui font défaut à ce service qui n’a que l’embarras du choix.

Une autre décision qui ferait honneur aux Beaux-Arts consisterait dans l’acquisition d’une maison sise près du souk Attarine, en plein cœur de la médina et vieille de six siècles. De proportions harmonieuses, d’un très beau décor, d’un style pur, cette habitation appartient à la magnifique période mérinide et a, en son genre, le même intérêt qu’une médersa. Par notre action personnelle, nous avons pu empêcher jusqu’ici la vente de ses bois sculptés, mais il serait grand temps de l’acquérir et de la classer parmi les monuments historiques. Sa destination la plus logique consisterait à la meubler suivant les traditions de son époque. On a tous les éléments nécessaires pour le faire. Ainsi serait rétabli un intérieur Fasi du XIVe siècle, curieux, intéressant au point de vue artistique, ethnographique et touristique. Dans toute l’Europe, les reconstitutions de ce genre ont été hautement applaudies. Puisque le Maroc est entré dans le mouvement de la civilisation moderne il se doit d’en suivre les progrès.

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Dar Adiyel. Patio avec fontaine. Avril 2009

Dans « Souvenirs du Maroc. Un peintre au Maroc de 1922 à 1958 dans le sillage de Lyautey » édité par Afrique Orient en 2012, Marcel Vicaire évoque Dar Adiyel où il habite au début de son séjour à Fès (1924).

« Adiyel était le nom d’un gouverneur de Fès qui vivait sous le règne de Moulay Errachid au XVIIIe siècle de notre ère (Ces affirmations me paraissent inexactes, Moulay Errrachid ou Moulay Rachid fut sultan de 1666 à 1672 ce qui ne correspond pas au XVIIIe siècle). Ses richesses passaient pour être considérables. Il avait fait construire de nombreux immeubles, des fondouks et le palais qu’il habitait dans le quartier de l’Oued Rchâcha : Dar Adiyel. Son histoire serait longue à conter. Je vous dirai seulement que le sultan redoutait sa puissance et convoitait ses biens. Il lui fit trancher la tête.

Dar Adiyel comportait une vingtaine de pièces, dont huit de grandes dimensions mesuraient quarante mètres carrés et montraient une élévation de sept mètres. Ces pièces, disposées au rez-de-chaussée et à l’étage autour d’un patio rectangulaire, abritaient des salles d’exposition de productions artisanales contemporaines, les bureaux du service et mon habitation personnelle, composée de ma chambre, d’une salle de séjour et de pièces annexes aménagées en débarras et cabinet de toilette.

… Les pièces du premier donnaient sur une vaste galerie courant sur les quatre côtés du patio ; des moucharabiehs à hauteur d’épaule la protégeaient des regards indiscrets. Une vasque de marbre, les dentelles de plâtre sculptées sur les chapiteaux, le sol des pièces, des galeries et des cours revêtu de mosaïques comme les lambris et les fontaines apportaient à  cet ensemble architectural une  ornementation sobre, harmonieuse, raffinée.

On accédait à la terrasse par un escalier aussi raide que l’échelle de Jacob : les Marocains préfèrent un effort plus grand moins souvent renouvelé à un effort moindre et plus fréquent. L’effort valait la peine : vue étendue et variée sur les maisons et les terrasses enchevêtrées de la ville-basse, ses mosquées, la vallée du Sebou, les hauteurs environnantes, les jardins et les cimetières entourant la ville où les musulmans se rendent le vendredi avec leur famille et leurs oiseaux en cage.

On dominait aussi le Dar Cherifa, maison mitoyenne du Dar Adiyel et refuge misérable des épouses appartenant à la dynastie Alaouite, vieilles filles, veuves malheureuses et sans ressources. Elles y vivaient pitoyablement sous la surveillance acerbe de matrones et d’eunuques… À l’opposé la vue plongeait sur le Dar Bou Ali où siégeait le tribunal du Pacha.

Vue de la maison Vicaire 2 copie (2) copie

Cliché intitulé « Vue de la maison Vicaire ». 1925. L’auteur est Eugène Villard (1863 – 1953), professeur de clinique gynécologique et chirurgien à Lyon. Cliché obtenu à partir d’une plaque de verre.

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Vue de Dar Adiyel en 2012 : quelques repères identiques … mais plus de paraboles !

Louis Bertrand lors de son passage à Fès visite Dar Adiyel et en parle dans son livre Du vieil Alger romantique à Fez la mystérieuse. 1930 Éditions des portiques. Écrit en mai 1928, le texte a fait l’objet, la même année, d’une publication par chapitres dans La revue des deux mondes.

Voici le Dar Adiyel, bâti au XVIIIe siècle par un notable de Fez. Il abrite aujourd’hui le Service des Antiquités et il a été complètement restauré en 1917. Que dire de ces splendeurs que je n’aie pas déjà dit ailleurs ? Je suis écrasé de respect devant la profusion ornementale de ces arabesques. C’est merveilleux, c’est merveilleux : ne nous lassons pas de le répéter ! Mais ici, je suis pris par un charme tout particulier : la blancheur, la légèreté et la délicatesse exquise de ces broderies, qui, comme un voile diaphane, recouvrent le patio. Nulle polychromie violente n’altère cette impression de candeur immaculée et le goût parfait. Je m’imagine qu’une maison grecque, un palais d’Alexandrie, modèle de mesure et de proportion, devait être ainsi. Mais, je le crains fort, c’est une illusion que l’on ne peut avoir que dans une maison marocaine restaurée et habitée par des Français.

Heureusement que les Français sont venus au Maroc !!!

Dans Palais et demeures de Fès, tome II, époque Alawite (XVIIe- XVIIIe siècles), de J. Revault, L. Golvin et A. Amahan. Éditions du CNRS 1989, l’histoire de l’origine de Dar Adiyel est un peu différente :

« Dar Adiyel apparaît aujourd’hui comme l’un des plus beaux exemples d’architecture classique réalisé à Fès entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. On choisit pour l’édifier le quartier de Zqâq el-Bgal situé dans Fès el-Bali (entre le derb Sidi En-Nali et le derb Oued Rechacha, dont l’eau souterraine alimentait auparavant Dar Adiyel) ; nombre de grands personnages du Makhzen aussi bien que de riches négociants y ont élu domicile, les derniers pachas, gouverneurs de la cité ayant laissé en ces lieux le souvenir de leurs luxueuses résidences. Nous verrons que l’un d’eux séjourna précisément à Dar Adiyel, auquel il a laissé son nom. Il n’est alors pas étonnant qu’un quartier si recherché par la haute société fasie compte plusieurs édifices religieux élevés, sans doute, en œuvre pies par les notables les plus fortunés.

Bien que l’on ignore la date précise de sa fondation (fin XVIIe ou début XVIIIe siècle) on sait que Dar Adiyel fut constitué en bien Habous et complété sans doute à l’origine, par plusieurs habitations secondaires avec dépendances. Peut-être Abd al-Khaliq Adiyel, l’un de ses premiers propriétaires, bénéficia-t-il d’un domaine de cette importance. On rapporte, en effet, que la prospérité de son négoce (outre son commerce de cire, le riche négociant se chargeait d’organiser chaque année le pèlerinage à la Mecque) et son ascendant particulier lui permit d’accéder au poste de gouverneur de Fès sous le règne de Moulay Abdallah (1694-1757) – succédant à son père Moulay Ismaïl (1645-1727).  – On lui doit probablement la construction de certains édifices civils et religieux parmi lesquels on peut citer le Fondouk Nejjarine.

Lorsqu’il mourut en 1747, ce gouverneur fut enterré à la Zawiya de Sidi Abd el-Qader el-Fasi. On ne lui connaît pas d’héritier ayant continué à habiter Dar Adiyel. Il semble, dès lors que ce bâtiment devint propriété d’État (ou Makhzen) ce qu’il n’a cessé d’être jusqu’à ce jour. Au siècle dernier, il se trouvait affecté à la Trésorerie chargé à la fois de percevoir des droits commerciaux et de pourvoir aux besoins du palais sultanien, avec le concours de trois amin (umanâ) aidés par le mohtasseb (prévôt des marchands).

À l’avènement du protectorat Dar Adiyel fut mis à disposition de la nouvelle Inspection régionale d’Arts indigènes (bureaux et musée) avant la création, en 1915, du Musée d’Arts indigènes qu’Alfred Bel installa au Dar Batha, palais fondé par Moulay el-Hassan à la fin du XIXe siècle. (En 1913, le musée se trouvait installé au rez-de-chaussée de Dar Adiyel et les bureaux à l’étage. Se sont succédé à l’Inspection des Arts indigènes à Dar Adiyel : Alfred Bel, Prosper Ricard et Marcel Vicaire. Au moment où celui-ci était en fonctions à Fès (1925) des ateliers d’artisans ( reliure, cuivre …)  avaient remplacé le Musée.

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Dar Adiyel. Angle de la galerie du premier étage. Cliché personnel 2009

Classé monument historique probablement en 1924 ou 1925*, cette importante demeure devait connaître d’autres affectations : école de filles, Conservatoire de Musique … jusqu’à sa désaffection dans les années 1980. ( *Les Annales coloniales dans leur édition du 10 mars 1924, signalent, dans la rubrique « courrier du Maroc« , le classement comme monument historique du Dar Batha et du Dar Beida (ou palais de Boujeloud) à Fès el Bali et qu’une enquête a été ordonnée en vue du classement comme monument historique de Dar Adiyel. Je n’ai pas trouvé la date exacte de classement). Il semble que le bâtiment ait été déclassé en 1954.

Dans les années 1990, dans le cadre de la Campagne internationale de Sauvegarde de la médina de Fès, Dar Adiyel a été restauré grâce à des fonds mis à disposition par l’Italie. Dar Adiyel, présentait alors, à cause de l’état d’abandon dans lequel il se trouvait, de sérieuses et évidentes dégradations affectant soit les éléments structuraux, soit les éléments décoratifs.

Le bâtiment avait retrouvé l’état décrit par Prosper Ricard en 1915 !!

À l’issue des travaux de restauration et de réhabilitation, – travaux débutés en juin 1995 et achevés en avril 1998 -, Dar Adiyel retrouvait sa fonction de Conservatoire de musique andalouse et malhoun. Les activités du Conservatoire sont accompagnées d’un Centre de recherches sur la musique traditionnelle.

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Dar Adiyel après la restauration de 1998. Cliché personnel, Avril 2009

 Pour connaître le détail du projet de restauration et de réhabilitation de Dar Adiyel voir https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000114629

Dans les années qui ont suivi la dernière restauration on pouvait visiter Dar Adiyel, après achat d’un ticket d’entrée et même accéder à la terrasse. Avec un peu de chance, on pouvait assister aux cours de musique ou aux répétitions … et même bénéficier de la mise en eau des fontaines et vasques ! L’accès à la terrasse fut supprimé, paraît-il, à la demande de voisins ou voisines qui se plaignaient des regards des visiteurs.  Actuellement les conditions d’accès sont plus erratiques mais chaque année, à l’occasion du Festival de Fès des Musiques sacrées, des concerts sont donnés à Dar Adiyel et permettent d’apprécier la qualité de la restauration.

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Patio et salle de cours. Cliché 2009

Je complète ces informations sur Dar Adiyel par quelques éléments en lien avec le rôle de Dar Adiyel dans l’administration des finances.

Michaux-Bellaire dans Archives marocaines. 1907. Vol XI, au chapitre « Organisation des finances au Maroc » décrit l’administration des finances au Maroc et en fait l’historique. Je ne retiendrai que le rôle de Dar Adiyel, dans la perception des contributions et impôts avant le protectorat.

Schématiquement, il y avait au Maroc, à la fin du XVIIIe, deux Trésors, le Bit el-Mal où sont versées toutes les sommes provenant des charges conformes aux prescriptions religieuses, l’autre Dar Adiyel où sont versés les revenus provenant des « Meks » c’est-à-dire des contributions administratives qui seulement n’ont aucun caractère religieux mais qui sont même plutôt interdites par les prescriptions religieuses sauf dans le cas où le Bit el-Mal serait vide, et qui sont alors autorisées à titre extraordinaire ou provisoire.

Les « Meks » sont les droits des portes, les droits des marchés (marchés aux bestiaux, aux fruits secs), les droits sur les peaux fraîches, les cuirs tannés, les légumes et les fruits, le charbon de bois, etc. ; le droit de régie (Çaka) sur le tabac, le kif et l’opium ; la régie du soufre.

Outre ces deux Trésors publics, il y a encore le Trésor particulier du Sultan (El Bit el-Mal ed-dakhli ) qui constitue la fortune personnelle du Sultan et ne se rattache pas à l’administration des finances.

Le produit des impôts directs était donc versé au Trésor (Bit el-Mal) ; les revenus des contributions indirectes étaient centralisés à Dar Adiyel par l’amin el-mostafad, sorte de receveur des contributions indirectes qui les versait ensuite au trésor. Mais, autrefois, l’administration centrale des Meks était à Fès au Fondouk Nejjarine, où se trouvait encore début 1900 le bureau de l’amin chargé de la perception du droit d’octroi spécial à la ville de Fès, appelé « Achars el Fondaq En Nejjarin ».

L’amin chargé de l’administration des Meks, écrit Michaux-Bellaire était pris généralement dans la famille Adiyel. « Le sultan Sidi Mohammed ben Abdallah, vers le milieu du XVIIIe siècle, fît arrêter l’amin El Hadj El Khayyat Adiyel et ses frères pour les obliger à lui payer des sommes d’argent provenant de l’administration des Meks et dont une partie était due par leur père. Leur maison fut saisie par le Sultan et l’administration des Meks y fut transportée. Elle conserve encore aujourd’hui le nom de Dar Adiyel. »

On retrouve là les liens entre la famille Adiyel, le fondouk Nejjarine et Dar Adiyel.

Roger Letourneau dans Fès avant le protectorat précise que l’Hôtel de la Monnaie (Dar Sekka) était situé  à Dar Adiyel, avec une annexe dans un  fondouk de Ras Cherratin. À Dar Sekka étaient fondues ou frappées les pièces d’argent ou de bronze, de faible valeur « les anciens flous », formant une « poussière fort hétéroclite » pour les petites transactions. À partir de 1881, le Sultan Moulay el-Hassan commande les pièces en Europe et le Dar Sekka ne sert plus qu’au poinçonnage des bijoux d’argent et d’or. Un amin musulman était chargé de ce contrôle.

Nejjarine 1925

Fondouk et Fontaine Nejjarine dans les années 1920