Image à la une : Outat-Oulad-el-Hadj, la casba et la Moulouya

Suite à la publication de mes deux articles sur les chemins de fer du Maroc, Anne-Marie, une camarade du Lycée Mixte de Fès, a recueilli auprès de sa tante, le récit de son périple par le train et le car pour se rendre chaque semaine à son premier poste d’institutrice à Outat el Hadj. Merci de nous faire partager ces souvenirs.

Fès à la croisée des chemins … de fer. et Histoire des chemins de fer marocains jusqu’en 1935.

En 1947-1948, à l’initiative de l’inspecteur de l’enseignement primaire, M. Bourgeois, il fut décidé de créer des classes pour les petites filles à Outat-Oulad-El-Hadj (région de Boulemane). Une école primaire existait déjà pour les garçons. Dans ce but, Mme Martin, inspectrice pour les écoles de filles, recruta deux institutrices, Éléonore Roméra, fraîchement diplômée, et Mlle Lavaut (ou Lavaud ?).

Pour se rendre à Outat-Oulad-El-Hadj, Eléonore prenait le train depuis Fès. C’était la ligne Fès-Oujda. Le train quittait Fès vers 22h30 – 23h, son frère (Jacques Roméra) l’accompagnait à la gare. Elle s’arrêtait à Guercif où elle arrivait à 1h du matin environ.

Là, elle attendait dans la salle d’attente sous la haute surveillance du chef de gare et du gardien. Ils voyaient passer plusieurs trains de marchandises, le dernier train de voyageurs étant celui qu’elle avait pris. À 6h du matin, après un thé à la menthe, escortée par le gardien de la gare, elle  se rendait dans un café où elle pouvait acheter un billet pour prendre le car. Elle prenait place dans le car, toujours la même, à côté du chauffeur, et attendait le départ qui n’était qu’à 8h. Ce car desservait tous les douars. Les voyageurs étaient souvent très chargés, surtout  de marchandises et d’animaux vivants. Les temps d’arrêt étaient donc très variables. Elle ne parvenait à destination que vers 13h30.

La classe se faisait du mardi au samedi car le lundi était jour de souk. Les élèves étaient des petites berbères, dont certaines habitaient la « khaïma ». Le vendredi après-midi était consacré à la promenade dans l’oliveraie, suivie de la séance de hammam, pour les élèves d’abord, puis pour les institutrices. À la sortie, elles avaient droit au verre de thé offert par le patron du hammam.

Au départ, les institutrices étaient logées dans un hôtel très modeste (genre « Hôtel des 3 canards »). On leur a construit ensuite deux pièces à côté de l’école.

À cette époque, un pont était en cours de reconstruction sur la Moulouya, rivière qui traverse Outat-Oulad-El-Hadj. Le précédent avait été emporté par une de ces crues violentes dont les oueds du Moyen Atlas ont le secret. C’est à cette occasion qu’Éléonore connut son futur mari, Roland Bouyer, employé aux Travaux Publics. Il avait fait l’École Industrielle à Casablanca*. Il terminait son service militaire avec plusieurs missions dont celle qui l’amena à Outat-Oulad-El-Hadj.

Après avoir connu l’équipe des Travaux publics, les trajets hebdomadaires ont été plus simples pour Éléonore. Ils se faisaient dans leur « Dodge », en passant par Missour, Aguelmane Sidi Ali, puis Sefrou et Fès.

*Les anciens de « l ‘Indus » étaient très fiers de cette formation. Roland Bouyer a ensuite travaillé à Fès, notamment au Service des Eaux, jusqu’à son départ pour la France en 1961. Il a poursuivi ensuite à Tahiti puis à la Grande Comore. Éléonore l’a accompagné, en réussissant un beau parcours à l’Éducation nationale (elle a reçu les palmes académiques).

François Dormoy était aussi un ancien élève de « l’Indus », il a fait carrière comme maquettiste au ministère des Travaux publics à Rabat, et a notamment réalisé des maquettes de projets de Jean-Claude Ichter.**

**Jean-Paul Ichter est architecte-urbaniste à Fès et membre de l’Académie d’Architecture de France.

 

Outat-Oulad-el-hadj 01

Carte de la région avec Outat-Ouled-el-Haj (côté droit).

Pour ceux qui veulent découvrir « l’Hôtel des trois canards ». 1941. Ch. L. Pothier et Georges Ghestem : https://www.youtube.com/watch?v=1FPfUwcCz3I