Image à la une : Action de la Société Adour-Sebou, société marocaine anonyme au capital de 1 200 000 francs dont le siège social est à Fès.

En mars 1953, Christian HOUILLON, journaliste au Courrier du Maroc part à la (re)découverte des grandes industries de Fès : il propose des « visites » d’Adour-Sebou, des moulins Baruk, des établissements Milleret, de la SIOM, des frigorifiques de Fès, de la Branoma et de la Makina. J’ai retrouvé une grande partie de ces articles et les mettrai en ligne dans les semaines à venir.

Pour introduire ces visites le journaliste interroge Léon Barraux, témoin des années 20 pour faire le point sur la situation de départ. Fès dans les années 1920

L’ordre de présentation des différentes industries est fixé par l’ancienneté ; la plus ancienne est la Société Adour-Sebou.

Acte de naissance

Créée en 1921, la société industrielle et commerciale « Adour-Sebou » avait pour but de relier par une ligne maritime les ports de Bayonne et de Port-Lyautey (Kénitra) et d’échanger les produits des bassins de l’Adour et du Sebou.

Des chalets en bois des Landes furent importés et construits à Kénitra mais le climat du Maroc s’avéra très vite contraire à cette essence de bois et dès 1922 la société s’installa dans l’ancien atelier de la Makina à Fès (La Makina) pour travailler les bois de cèdre de l’Atlas et fonder l’industrie qui n’a cessé de se développer depuis trente ans. Elle allait consacrer l’essentiel de son activité à la menuiserie générale et à l’ameublement

En 1953, Roger Hourdillé, fondateur est président du conseil d’administration ; Théodore Foucher est directeur de l’entreprise qui compte 120 ouvriers et cadres.

Depuis 1947 une autre activité est venue s’adapter en parallèle sur les deux premières. Elle s’est traduite dans le bureau de M. Foucher en des photos terriblement suggestives en une époque où la crise du logement frappe tant de familles ; sur ces photos, quantité de dessins de maisons toutes plus tentantes les unes que les autres : ce sont les chalets que construit depuis cinq ans l’Adour-Sebou à l’intention des habitants de tout le Maroc.

Ainsi en 1953 l’activité de l’Adour-Sebou se répartit en trois secteurs : menuiserie 60%, chalets 30% et ébénisterie 10%.

Matières premières

Dans l’immense hangar où les scies mécaniques jouent en permanence des symphonies aux résonances discutables près de 120 ouvriers sont à l’ouvrage.

Le désagrément d’harmonies discordantes est compensé pour eux par la suave et pénétrante odeur des cèdres marocains. Cet arbre constitue en effet 80% de la matière première traitée par l’Adour-Sebou, le reliquat de 20% est constitué par des bois rouges de Suède et de Norvège, des chênes et des hêtres de France et l’acajou d’Afrique équatoriale. Pour en finir avec l’essentiel des matières premières, il faut savoir que la fibre de bois utilisée pour la construction des chalets vient de Suède tandis qu’excellent isolant, la laine de verre est originaire de Saint Gobain.

Piano, piano !

Pour l’usager, l’Adour-Sebou est une admirable entreprise qui a la réputation de fournir des articles d’excellente qualité à la condition que l’on fasse preuve d’une très longue patience ! Sans doute le malheur des uns (ceux qui attendent) fait-il le bonheur des autres (ceux qui fabriquent) puisque l’afflux de commandes traduit l’engouement des Fassis pour les produits de la maison. Pourtant il serait injuste de crier unanimement à la lenteur involontaire de l’Adour-Sebou. En ce qui concerne les chalets il est possible en effet de satisfaire les vœux des clients en des délais très raisonnables.

Pour vous loger

Voulez-vous un chalet ? Choisissez d’abord votre type. Pour cet heureux mariage du locataire et de l’habitation, on a eu le bon goût de ne pas vous imposer un modèle standard : il en est sept comme les jours de la semaine, des branches du chandelier et des muses des anciens Grecs. Votre chalet sera fait à Fès en huit jours, construit en trois semaines et habitable aussitôt. Coût de l’ensemble 15 000 francs le mètre carré environ : 3 pièces, cuisine, salle de bains pour 1 200 000 francs. Que propose la concurrence : des prix à peu près égaux. Les grands avantages du chalet Adour-Sebou : la finition et l’habitabilité favorisée par une hauteur de plafond exceptionnelle dans le domaine du préfabriqué (3 m. 25).

Agrandissements

Puis l’Adour-Sebou fournit les murs, les portes et les meubles (chalets, menuiserie, ébénisterie) puisque la population de la région croît sans cesse nous pouvons craindre que le grand défaut (la lenteur qui n’est en fait qu’un mauvais « placement » du client dans la longue liste des amateurs !) n’aille lui aussi en grandissant. On peut espérer qu’il en ira différemment car l’Adour-Sebou va grandir. Dès à présent les dépôts de bois et la construction de préfabriqué ont été transférés de la rue Décanis à la nouvelle usine du quartier industriel. Dans un avenir plus ou moins proche l’ensemble de l’usine actuelle pourrait changer de domicile ; mais sur ce délai on garde admirablement le secret.

Rue Décanis (qui va de l’avenue Maurial – niveau cinéma Astor – au bd Poeymirau)

Commandes en nombre, excellente « position » sur le marché marocain dans le domaine des préfabriqués (les chalets Adour-Sebou n’offrent-ils pas aux regards leurs silhouettes élégantes aussi bien dans la plaine des Triffas et à Safi que dans la région de Fès ?), est-ce à dire qu’aucune difficulté n’existe pour ses animateurs ? À cette question, une réponse presque 100% optimiste. Mais il y a un « presque ».

Le problème du liège

Tout irait bien s’il n’y avait les coupures et les tarifs de l’électricité d’une part, une menace très grave d’autre part. En quoi consiste cette menace ? Lors de la dernière session du Conseil de Gouvernement a été évoqué le problèmes des lièges du Maroc. Actuellement, le Protectorat envisagerait d’appliquer une mesure que d’aucuns estiment arbitraire : tous les utilisateurs de produits isolants devront se servir de liège marocain. À cette perspective, les intéressés réagissent comme suit : nous utilisions dans le passé des lièges vendus par la Société des Lièges du Maroc. Un beau (!) matin, le prix de ces lièges est passé de 4 000 à 16 000 francs le mètre cube. Nous n’étions plus d’accord. Nous avons décidé d’utiliser de nouveaux produits. Ce fut d’abord la fibre de canne à sucre ; c’est maintenant la laine de verre dont les avantages sur le liège ne se comptent pas : le liège est moins isolant, il est plus lourd (donc transports plus chers), plus difficile à manipuler et surtout il est plus cher. L’utilisation de la laine de verre a permis à l’Adour-Sebou de baisser de 12% le tarif de ses chalets. L’utilisation exclusive de liège marocain aurait pour résultat de provoquer une nouvelle hausse d’autant plus considérable que la production locale ne pourrait suffire à la consommation, la demande dépassant donc l’offre, le prix du liège marocain s’élèvera d’autant : excellent résultat pour les uns mais qui ne satisfait guère les utilisateurs. Ceux-ci s’étonnent d’autant plus de ce « protectionnisme » que l’importation de laine de verre ne constitue pas une ponction en devises étrangères puisque ce produit vient de France.

Le problème du liège marocain se pose en fait de la manière suivante : l’État met les lièges en adjudication mais fixe des prix de départs trop élevés. La Société des Lièges, entreprise privée doit acheter trop cher et revendre trop cher aux utilisateurs. Il faudrait donc avant tout que l’État abaisse les prix de départ de ses adjudications.

Optimisme

Hors ce grave souci, l’ambiance à l’Adour-Sebou est à l’optimisme : on le comprend fort bien en constatant le rythme auquel travaillent ces quelques cent ouvriers qui sont en nombre «de la maison » depuis vingt-cinq ans ; cette stabilité de la main d’œuvre n’est peut-être pas l’un des motifs les moins valables de la qualité des produits portant la marque d’une maison aussi souriante que les esquisses de chalets qui font rêver les sans-logis …

Page de publicité dans Réalités marocaines 1951. Revue semestrielle. Numéro spécial Hydraulique et Électricité