Image à la une : Détail du tableau d’Alfred Dehodencq « L’exécution de la juive » 1862. La scène se déroule sur une place publique, au pied d’un minaret. Sur l’estrade, un grand gaillard noir, vêtu d’une tunique rouge tient un sabre d’une main et empoigne de l’autre la chevelure épaisse d’une femme agenouillée, le regard tourné vers le ciel. Penché vers la malheureuse un homme en burnous, probablement un envoyé du palais royal, à l’air plutôt bienveillant au contraire des deux personnages qui dans son dos menacent la victime. Quant à la foule des spectateurs, elle est composée de musulmans mais également de juifs, reconnaissables à leur habits de couleur noire. Les uns maudissent la malheureuse, les autres prient pour elle et la bénissent. Revue Zamane 22/23

Il existe de nombreuses variantes de l’histoire de Sol Hatchuel (comme il existe différentes orthographes de ses nom et prénom selon l’origine des sources) en fonction des différentes perspectives adoptées mais l’ensemble des écrits s’accordent sur le fait que Sol était une jeune juive de Tanger qui a refusé d’abandonner sa religion et, à cause de ce refus, a été mise à mort à Fès en 1834, après trois années d’emprisonnement et de discussions. Elle aurait été faussement accusée d’apostasie, après avoir refusé les avances amoureuses d’un voisin musulman ; la jeune juive affirmant de son côté n’avoir jamais abandonné sa foi juive ni prononcé la « shahada », profession de foi musulmane, et par conséquent jamais renoncé à l’Islam … qu’elle n’avait pas rejoint.

J’ai trouvé ce texte de R. Tadjouri, Directeur de l’École de l’Alliance de Casablanca, publié dans L’Avenir illustré, revue juive marocaine et nord-africaine, du 30 avril 1928, qui raconte l’histoire de Sol, la Sadiqa (la sainte ou la juste).

Sol Hatchuel est née à Tanger vers 1815 environ, de parents très pauvres : Haïm et Simha Hatchuel.

On sait qu’il n’a jamais existé de Mellah à Tanger. Il y a bien certaines rues où les Israélites s’établissent de préférence, ce qui leur donne une physionomie de quartiers juifs, mais cela n’a rien de commun avec le Mellah, lieu de résidence obligatoire pour tous les juifs et réservé à eux exclusivement. À Tanger, Juifs et Arabes habitaient dans les mêmes rues et entretenaient souvent les uns avec les autres de bons rapports de voisinage.

Cependant, le fanatisme ne perd jamais tout à fait ses droits ; au sein des deux éléments, on comptait un grand nombre de sectaires résolus à éviter tout contact avec le clan voisin. Les parents de Sol étaient de cette catégorie-là et interdisaient à leur fille l’accès des maisons arabes. Malgré cette défense, Sol fréquente une maison voisine où elle fait la connaissance d’une musulmane : Tahra et les deux jeunes filles se lient d’une profonde amitié à la grande désaffection de Simha qui redoute les conséquences de telles relations et s’évertue à les annihiler en redoublant d’attention et en évitant de donner à Sol l’occasion de quitter la maison. Sol parvient néanmoins à tromper la vigilance de sa mère et réussit à retrouver Tahra qui l’accueille tendrement, la caresse et la console. Les obstacles mis à la rencontre des deux amies loin de les séparer ne font au contraire que fortifier leurs liens réciproques et Sol, d’excellent fond, qui aime et respecte ses parents, voit s’accentuer chaque jour le douloureux conflit entre ses sentiments de piété filiale et son attachement pour Tahra.

Lorsque la jeune fille juive eut atteint l’âge de seize ans la surveillance de sa mère devint très sévère, tyrannique même. C’est qu’elle était d’une beauté rare ; la légende ne tarit pas sur les charmes physiques de cette héroïne. Toutes les épithètes, toutes les images et comparaisons dont la langue arabe est si riche dans ce domaine interviennent pour nous donner de Sol un portrait captivant et nous la présenter comme une perfection. Elle aurait inspiré des sentiments très tendres à Ali, frère de Tahra qui rêve de l’épouser. On conçoit, dans ces conditions, les craintes de ses parents. Sa mère surtout, l’accable de remontrances et va jusqu’à lui infliger des châtiments corporels. Tahra, mise au courant de ces procédés, par Sol, se révolte de tels traitements et ne trouve rien de mieux pour y mettre fin, que d’engager son amie, à se faire musulmane et à déserter la maison paternelle.

La première fois que Sol entend cette proposition, elle n’y prête guère attention croyant à une simple boutade, mais comme Tahra revient à la charge, elle en manifeste une certaine émotion et la supplie de ne plus lui tenir de pareils propos. En même temps, blessée et déçue dans son amitié, Sol se tient sur la réserve et espace ses visites. Cependant, un jour, à la suite d’une discussion avec sa mère, vivement réprimandée et même battue, Sol court tout en larmes chez sa confidente ! S’en était fait, la jeune juive ne devait plus rentrer chez elle. Depuis quelque temps, en effet, Tahra nourrissait un noir dessein et elle jugeait maintenant la circonstance opportune pour le mettre en exécution : elle va annoncer au Pacha, qu’une jeune juive très belle, lassée des mauvais traitements qu’elle subit chez les siens, s’est convertie à l’Islamisme et demande la protection des autorités (certains prétendent que Tahra a employé cette ruse pour favoriser l’union de Sol avec Ali dont la passion devenait chaque jour tyrannique). Tahra revient avec les mokhzani qui amènent Sol au Palais du Pacha. La pauvre fille quand elle apprend la raison de son enlèvement, proteste, se débat et dénonce la machination infâme de Tahra. Mais cette dernière avait des témoins.

La population juive de Tanger s’indigne et tente par tous les moyens de sauver la jeune fille : on fait intervenir les légations mais sans succès ; la juive ayant au dire des témoins abjuré sa religion et prononcé la formule sacramentelle de la « Shahada » est considérée définitivement comme musulmane. Toute velléité de retour à ses croyances d’origine la place dans le même cas qu’un musulman renégat et la rend passible de la peine de mort. Cependant, Sol persiste dans ses dénégations, se déclare indéfectiblement attachée à sa foi et assure ses parents de sa fidélité à leurs enseignements quoiqu’il advienne. Elle envisage avec résignation les pires extrémités et se sent décidée jusqu’à l’ultime sacrifice. Toutes les exhortations du Pacha qui la prend en pitié pour sa jeunesse et sa beauté, demeurent sans effet. Sol passe un certain temps en prison, puis elle est envoyée à Fès, pour être jugée par le grand Cadi, disent les uns, pour enrichir le harem du Sultan, affirment les autres.

Dès son arrivée à Fès, elle produit par sa beauté une grande impression sur les membres du « Chraa » et la cour du Sultan. Il n’est partout question que de la précieuse recrue faite par l’Islam : la Juive tangéroise. Elle comparaît devant la justice, elle s’y montre calme et ferme, répond avec dignité, elle se déclare victime d’une perfide trahison et ne cédera pas devant l’injustice du sort. Elle osa, affirme-t-on, vanter devant ses juges, la religion de Moïse et exalter la beauté des traditions juives.

Le prince, fils de Moulay Abd-er-Rahman, s’éprend d’elle et essaye de la séduire par tous les moyens. Il lui promet une union légitime et tout ce qu’elle entraîne de richesse, de luxe et d’honneur. Sol reste impassible et repousse ces offres mirobolantes. On lui envoie des juives converties qui s’évertuent à l’influencer en faisant l’apologie de la religion et de la vie musulmane ; elles font miroiter devant son imagination la perspective de la vie somptueuse de la cour, costumes, bijoux, plaisirs, repos, esclaves, honneurs, etc. Sol demeure inflexible. Le prince que cette résistance exaspère et dont elle fortifie la passion a recours à des rabbins. Il les charge d’inculquer à l’enfant rebelle des idées de soumission en lui montrant le danger qu’elle court et en diminuant à ses yeux la portée de la conversion. Si quelques-uns se refusent d’assumer cette charge indigne, d’autres moins intransigeants, accordent leur intervention. Ils conseillent à la jeune fille de la modération et de la souplesse et ils l’engagent à s’incliner devant ce qu’elle ne peut éviter. Ils invoquent le fameux précepte talmudique « Dina Dimalhuta Dina » (La loi du pouvoir est la Loi).  Mais Sol de caractère noble ne s’accommode pas de cet opportunisme, elle repousse avec mépris toute idée de soumission. Les Cadis lui parlent maintenant de mort, de supplice et l’exhortent une dernière fois à se résigner au geste qui la délivrerait d’un arrêt fatal. Sol n’en manifeste aucun trouble et se déclare prête à mourir pour sa religion et sa famille. On raconte que durant les derniers interrogatoires, elle fut d’un sang-froid et d’une noblesse qui en imposèrent à ses juges mêmes. La légende nous la montre chaque jour plus exaltée, l’âme cuirassée de cette indifférence aux choses de la vie qui caractérise les saints et les illuminés. Pas plus que les belles promesses, les terribles menaces n’ont guère produit d’effets, tous les subterfuges tentés pour réduire sa résistance ayant échoué, Sol fut condamnée à mort. Elle subit son supplice sans une larme, elle demanda, dit la tradition, à se laver les mains, récita la prière du « schema » et leva les yeux au ciel. Au bourreau qui devait lui trancher la tête et qui semblait hésiter à accomplir le geste fatal elle lui aurait dit : « Pourquoi trembles-tu ? Fais donc ton office ».

La nouvelle de l’exécution de Sol jeta tout le Mellah en émoi.

Une délégation ayant à sa tête le grand rabbin Raphaël Serfaty, alla réclamer le corps de la victime et obtient satisfaction ; on fit à l’héroïne des funérailles grandioses. L’exaltation religieuse suscitée par ce triste événement atteignit au délire. Des chants d’allégresse alternaient avec les « Qinout » d’usage. Ce n’était pas un convoi funèbre, dit la tradition, mais le triomphal cortège conduisant la mariée à la demeure de son époux ou la procession solennelle célébrant l’inauguration d’un nouveau « Sefer » (rouleau de parchemin sur lequel, pour une synagogue, quelque savant a transcrit la loi que Moïse a reçue de Dieu).

Les grands Rabbins de la célèbre famille Serfaty qui joua un si brillant rôle dans la communauté israélite de Fès : Rebbi Raphaël Serfaty cité plus haut et Rebbi Abner Serfaty, saint vénéré dans tout le Maroc, ont été, sur leur recommandation expresse, inhumés près du tombeau de la sainte Solica.

Tombe de Sol Hatchuel au cimetière juif de Fès

Voilà à peu près, dans quelle circonstance s’est illustrée Sol Hachuel. Pour établir ce qui précède, nous avons fait une enquête à Tanger, Tétouan, Fès et Salé. Nous avons recueilli un grand nombre de traditions orales et consulté les principaux documents écrits se rapportant à ce sujet : trois chansons populaires en judéo-arabe, deux poèmes en hébreu, une chanson populaire en judéo-espagnol, un drame lyrique en français, une tragédie en espagnol. Les versions diffèrent selon les villes et dans une même localité, les renseignements sont parfois contradictoires. Nous n’avons donc voulu retenir que le fond commun à toutes les sources, les faits permanents que l’on retrouve partout. Cependant, malgré cette circonspection, il serait hasardeux d’affirmer l’exactitude de tous les détails relatés ci-dessus, la légende pousse aisément dans ces milieux. En pareille matière, surtout lorsque le mysticisme s’en mêle, elle fleurit avec plus de variété et de puissance. Elle s’accroche au fait historique, elle l’enveloppe et le couvre jusqu’à le faire complètement disparaître. On peut à la lumière de quelques sources dignes de foi, à la faveur de quelques concordances, découvrir une partie de la vérité, mais, fixer la limite entre le domaine de l’histoire et de la légende est généralement ici une entreprise risquée.

Si par conséquent l’exécution de Sol aussi bien que son sacrifice à un idéal religieux sont absolument authentiques, il convient par contre de garder une certaine réserve quant aux péripéties du drame.

Parmi les nombreuses légendes que l’imagination populaire a brodées autour du nom de notre héroïne, il en est de fort intéressantes. On raconte qu’aussitôt après le crime, le Sultan eut une jambe et un bras paralysés. Il devina vite la cause de cette accident et alla tout en pleurs devant la tombe de Solica implorant son secours et lui demandant pardon. Il obtint sa guérison. En signe de reconnaissance et pour manifester sa piété, il envoya régulièrement jusqu’à sa mort, de l’huile et des bougies destinées, selon la coutume, à être brûlées en l’honneur de la sainte.

On raconte encore que lorsqu’il y a environ une cinquantaine d’années sur l’ordre du Sultan, les Israélites de Fès durent changer de cimetière et exhumer tous les cadavres, alors que les corps n’existaient plus qu’à l’état d’ossements, celui de Solica la sainte fut trouvé dans un miraculeux état de pureté et de fraîcheur propres à la vie.

On conçoit le surcroît de prestige que de telles légendes connues et accréditées de tous confèrent à la réputation de Sol.

La tombe de « Sadiqa » est souvent visitée par les femmes en détresse. La sainte accomplit aussi ses petits miracles : elle secourt les malades, réalise les vœux de maintes femmes stériles. Les parents qui perdent tous leurs enfants donnent à leur nouvelle fillette le nom supplémentaire de Sol, dans le but de placer l’enfant sous la protection de la sainte et de la préserver ainsi de la fatalité qui semble s’acharner sur la même famille.

Comme nous l’avons déjà dit, l’histoire de Sol a servi de thème à deux pièces de théâtre, l’une en français et l’autre en espagnol. La première, due à M. Macé, médecin de la légation de France au Maroc (2ème édition 1904) ne paraît pas tout à fait conforme à la vérité historique. Quant à la pièce espagnole dont nous ne possédons qu’un manuscrit anonyme elle sert l’histoire d’assez près, elle est dans le ton exact du sujet, pleine de couleur locale et émaillée d’aperçus intéressants sur les mœurs des Juifs tangérois. À côté de cela, un drame bien construit naturellement émouvant et d’une forme tout à fait séduisante.

Comme on le voit la triste aventure de Sol Hachuel émut profondément le judaïsme marocain et impressionna vivement les imaginations. C’est une héroïne populaire. Il semble que son martyre emprunte à sa jeunesse et à sa beauté un surcroît d’éclat, une suprême grâce.

Sainte Solica est sauvée de l’oubli. Des légendes naïves et touchantes racontent ses miracles et glorifient sa sainteté. Sa beauté, sa fin héroïque sont exaltées dans des chansons populaires dont les jeunes filles en larmes chantent sur des airs mélancoliques, les couplets vibrants. Un grand rabbin notoire lui consacre quelques strophes émues dans la langue sacrée. Son nom vivra dans les annales juives marocaines.

Tadjouri complète son article par la « Ksida » de Sulica Esadiqa, traduction de la chanson judéo-arabe et « Kol Yaâqob » le poème composé par le grand Rabbin de Meknès Jacob Berdugo et édité à Londres en 1840 (Voir P.J.)

R.Tadjouri cite parmi les documents écrits consacrés à cette histoire, une pièce de théâtre espagnole dont il n’a eu qu’un manuscrit anonyme. Robert Assaraf, dans Mohammed V et les Juifs du Maroc à l’époque de Vichy (Plon 1997) dans le chapitre « Les Juifs sous tutelle de la Résidence » au paragraphe « Incidents de rue » cite l’anecdote suivante : « En juin de la même année (1933) ce sont les affrontements de Ksar el-Kébir : de jeunes musulmans voulaient interdire aux élèves de l’école hispano-israélite de jouer une pièce de théâtre appelée « Sol l’héroïque » qui raconte le martyre de Lalla Soulika, la jeune Soulika Hatchouel victime selon une chanson populaire du fanatisme et de la barbarie musulmane. Je ne sais pas si la pièce de théâtre que voulaient jouer les élèves de Ksar el-Kébir est la même que celle citée par Tadjouri mais on voit que 100 ans après, le martyre de Sol reste bien présent dans la communauté juive marocaine.

À la même époque l’association Maghen David, ayant pour but l’enseignement et la diffusion de l’hébreu moderne organise des cours du soir de formation de professeurs d’hébreu et des concours de dissertation en hébreu sur des thèmes liés à l’histoire de la communauté juive marocaine dont celui de la mort de Solica.

Entre juillet 1929 et janvier 1931, Robert Boutet, journaliste à la Vigie Marocaine et ethnographe a publié « Sulika ou la vie de Sol Hatchuel » dans l‘Avenir Illustré, sous forme d’un « feuilleton » de onze épisodes, roman inédit … à l’époque, mais je ne pense pas qu’il ait été publié ailleurs.

Saïd Sayagh, né à Meknès « dans une famille aux origines complexes, descendants de juifs convertis à l’Islam », historien et agrégé d’arabe, enseignant à Montpellier, a écrit en 2009 un roman « L’autre Juive » inspiré de l’histoire de Sol « Zoulikha » en arabe. Le roman sous-titré Lalla Soulika, La tsadika est édité par Ibis Press, Paris.

Sayagh termine son roman en citant « l’écho du martyre de Sol » dans les papiers du consul d’Angleterre à Tanger, Edward William Auriol Drummond Hay. J’ignore s’il s’agit d’un document officiel (les différentes délégations du corps diplomatique européen de Tanger auraient tenté de sauver Sol) ou d’un élément qui participe à l’embellissement de la légende.

Lundi 9 juin 1834.

Nous avons appris cet après-midi qu’une juive appelée Sol Hatchwell, âgée seulement de quatorze ou quinze ans a été décapitée à Fès, par ordre du sultan, du fait d’un jugement des Oulémas, pour avoir abjuré l’Islam après sa récente répudiation de la Foi de ses pères, conséquence d’une querelle domestique, dans laquelle sa mère, dit-on, l’aurait battue sévèrement. Cette malheureuse résidait avec sa famille en cette place ; son père, appelé Haïm Hatchuel, a vécu comme colporteur à Gibraltar pendant de nombreuses années et jusqu’à ces derniers mois (quand le malheur de son enfant commença). Autant qu’on puisse le comprendre, les Juifs de Tanger ont pressé cette jeune fille, insensée et innocente, de revenir à leur Foi, à la suite de quoi les autorités mahométanes l’ont mise en prison, et le Cadi semble avoir tout fait, avec trop de succès, pour obtenir la mort de cette enfant si mal conseillée. Il faut noter que ce n’est pas la première fois que ce juge suprême de la Loi Mahométane à Tanger a trempé avec autant de zèle ses mains dans le sang d’une victime légale dans des circonstances similaires. On dit que le sultan, qui n’est pas sanguinaire, a usé de sa personne à trois reprises pour tenter de persuader cette fille de ne pas s’opposer à la Loi Mahométane, telle qu’elle est appliquée dans ce pays, et de rester dans la religion de l’Islam qu’elle avait déclaré avoir embrassée ; le monarque alla même, pour essayer de convaincre cette pauvre créature de sauver sa vie jusqu’à lui offrir (si elle suivait son conseil) l’un de ses fils en mariage ; mais, dit-on, le Cheikh des Juifs l’a pressé de ne pas renoncer à sa foi d’origine soulignant que les menaces n’avaient pour seul but que de l’effrayer, et que lorsqu’elle verrait le couteau sur sa gorge elle serait sûre d’être pardonnée

En 2017, la chanteuse espagnole Mara Aranda, dans son album « Sefarad en el corazon de Marruecos » consacre une de ses chansons à l’histoire de Sol Hatchuel, sous le titre de « Sol la Sadiqa » que l’on peut écouter sur YouTube (https://www.youtube.com/watch?v=RPdyaMPQKeQ) et dont je joins les paroles

Ainsi, presque deux siècles après la mort de Sol Hatchuel, son histoire suscite toujours beaucoup d’intérêt. Sol est devenue pour la communauté juive le symbole de la piété et du martyre. Sa tombe, au cimetière de Fès, est un lieu de pèlerinage pour les Juifs mais également pour certains Musulmans qui la vénèrent comme « Lalla Sulica ».

Inscription en hébreu et en français qui orne la pierre tombale de Solica Hatchuel. Ne connaissant pas l’hébreu, je ne sais pas si la traduction française reprend exactement le texte hébreu. Je ne sais pas non plus de quand date la pierre tombale mais l’inscription en français paraît surprenante, le français n’étant pas couramment employé en 1830. D’autre part le texte français est assez violent et sans nuance « Les arabes l’ont assassinée » ! Le Sultan Moulay Abd-er-Rahman mena une politique ambigüe vis à vis des Juifs : il les tolérait, les traitait correctement même s’ils devaient rester à leur place de dhimmis … et en subir les humiliations. Dans l’affaire de Sol, il semble avoir voulu trouver un compromis et la procédure aurait duré trois ans environ. On a connu décision plus expéditive ! La communauté juive fut autorisée à faire à l’héroïne des funérailles grandioses, écrit Tadjouri, et il semble peu probable que les rabbins aient rédigé pareille épitaphe. Les questions que je (me) pose : de quand date l’inscription française, par qui a-t-elle été rédigée et est-ce la traduction de celle en hébreu ?

Danielle, une amie, m’a communiqué la traduction du texte hébreu qui est un peu plus diplomatique que l’épitaphe française : ICI GÎT LA SAINTE JEUNE FILLE SOLIKA HATCHOUEL, vierge qui a sanctifié le nom de l’Éternel, après avoir été assassinée en martyre publiquement à Fez en l’an 5594, que sa saine vertu nous protège. D.S.L. (Dieu Soit Loué).

Le transfert des tombes de l’ancien cimetière juif à l’emplacement actuel a eu lieu, précipitamment, en 1888, sur ordre du Sultan Moulay Hassan. Les stèles ont probablement été érigées plus tardivement. Est-ce que l’inscription française date du début du Protectorat ?

Voir à propos du cimetière du Mellah de Fès Le cimetière juif de Fès