Image à la une : Vue aérienne de Fez Ville-Nouvelle centrée sur la Place Clémenceau. Vers 1950

Le premier septembre 1916 M. Hourdillé, ingénieur des Ponts et Chaussées, sous la direction de l’ingénieur en chef Malégarie, remet aux premiers pionniers-bâtisseurs de la ville nouvelle de Fès, les terrains acquis lors de la séance de la commission d’attribution, du 26 août, présidée par le colonel Doudoux, délégué du général Cherrier, commandant la Région de Fès, assisté du commandant Sicard, chef des Services municipaux.

Il existait bien auparavant deux ou trois établissements – dont les transports Mazères, chargés du ravitaillement de l’armée – et quelques baraques installées à titre provisoire et précaire sur la piste conduisant du Mellah à Dar Debibagh, où se tenait le fameux souk, centre de l’activité résultant de la proximité des camps mais c’est du 1er septembre 1916 que date officiellement et effectivement le début de la fondation de Fez Ville-Nouvelle.

Les souks de Dar Debibagh. 1915

Deux secteurs sont prévus : le secteur industriel et le secteur Habitation et Petit Commerce.

Le secteur industriel – au sud de l’avenue Maurial (actuelle avenue Slaoui) – comporte 15 lots mis en location-vente sur la base de 0,25 franc le mètre carré et par an. Le secteur habitation comprend 25 lots et englobe le grand rectangle délimité (en 1946) par le boulevard Poeymirau (actuel Mohammed V), l’avenue Maurial et les rues de la Martinière (rue Abdelkrim el-Khatabbi) et Tissot (rue du Liban). Ces lots sont vendus ferme à raison de 2,50 francs le mètre carré.

Quelques noms des acquéreurs des lots du secteur industriel : la Société Marocaine Métallurgique, MM. Pichelin, Valat, Gherardi, Trapani, Cuttoli, Mazères, Delmar, Perret, Bals, La Compagnie Marocaine.

Parmi les acquéreurs des lots du secteur habitation on relève les noms de MM. Chevaleyre, Lucas, Acquadro, Ropers, Winum, Fava, Delrieu, Vigier, Louis Garcia, Thevenet, Dumas, Politi, Mme Jeanne Perez.

Seuls onze lots sur quinze du secteur industriel et quatorze sur vingt-cinq du secteur habitation trouvent preneurs malgré des conditions de vente extrêmement favorables. Comme on peut s’en rendre compte l’enthousiasme n’était pas délirant lors de cette première adjudication, notamment en ce qui concerne les lots du secteur habitation. Ce n’est guère surprenant : il fallait un certain courage aux premiers bâtisseurs pour jeter en plein bled, les fondations de la cité future. On est en fin d’été, la campagne est grillée par le soleil et dans cet espace monotone et désolé, déserté des chèvres et autres animaux domestiques, une baraque, celle de la Gare militaire, seule signale une présence humaine.

La gare militaire à voie de 0,60 m … et petite vitesse.

Au sud, les jardins de Dar Debibagh, surmontés des pylônes de la T.S.F. avec quelques baraques du service du Génie, ferment l’horizon. Au nord, un large espace vide sépare le nouveau lotissement du futur jardin Gide à la végétation sporadique, des murs crénelés de l’Aguedal et des remparts du Mellah ; ces murs aux créneaux hostiles, apparaissent plutôt comme une barrière infranchissable à l’audace des nouveaux bâtisseurs et un obstacle insurmontable à la liaison de la ville nouvelle avec l’ancienne.

Et, lorsque vient le soir, les premiers habitants de cette nouvelle ville, barricadés chez eux, n’entendent plus que les glapissement des chacals ou les aboiements des chiens errants , les coups de feu tirés par les soldats en goguette et les bruits inquiétants qui montent du souk de Dar Debibagh où la garnison vient chercher quelques plaisirs faciles une fois sa journée terminée.

Au souk de Dar Debibagh : une baraque où l’on s’amuse.

Cette amorce de ville nouvelle, en plein bled, isolée de tout, semble à beaucoup une erreur de l’Administration en même temps qu’une opération téméraire de la part des premiers constructeurs. Il aurait été plus logique et plus profitable de commencer par l’accoler au Mellah, sous réserve d’une certaine zone « non aedificandi », plutôt que de commencer par la périphérie (mais la proximité des camps militaires de Dar Debibagh a probablement rassuré les premiers investisseurs). Cette excentricité a certainement pesé sur les débuts laborieux de la construction de la ville nouvelle et son évolution aurait été plus hésitante encore si l’Administration n’avait pris soin de désigner l’emplacement de la Gare militaire comme celui de la future gare à voie normale du Tanger-Fès. Cette promesse formelle de l’Administration décida les premiers investisseurs qui espéraient se trouver, par la suite, au centre de la ville.

Mais il leur faut déchanter : les ingénieurs chargés de la construction du Tanger-Fès font connaître peu après qu’il est impossible d’installer la gare sur l’emplacement primitivement prévu, pour des raisons techniques. Je ne suis pas certain que l’Administration était de bonne foi lorsqu’elle a fait cette promesse car sur un plan de Fès, mis à jour en 1916, on voit déjà que l’emplacement de la future gare du Tanger-Fès n’est pas celui de la Gare militaire. Cette décision a provoqué à l’époque une évidente désillusion et fut sans aucun doute une des causes du marasme dans lequel végéta la ville européenne pendant plusieurs années.

Extrait d’un plan de Fès levé par le lieutenant Orthlieb du 4ème Tirailleurs, en 1912-1913 et mis à jour en 1916. J’ai matérialisé en bleu, sur le côté droit le chemin venant du Mellah à Dar Debibagh, en vert au centre, le grand rectangle du secteur Habitation et Petit commerce. La gare de la voie de 60 est cerclée et se trouve à l’extrémité du chemin vert. En haut et à gauche, on remarque que la gare du Tanger-Fès est déjà mentionnée. La « toile d’araignée » en orange est le projet d’aménagement de Fez Ville-Nouvelle.

La Résidence générale, d’autre part, semble se désintéresser complètement de cette ville nouvelle créée sur le papier, toute préoccupée qu’elle est du lancement de Casablanca et de Rabat, la nouvelle capitale administrative, « la ville cerveau » comme s’est plu à l’appeler Claude Farrère ; pour écarter une rivale possible, elle n’hésite pas à présenter Fès comme une cité insalubre, d’un accès difficile et d’une sécurité douteuse : les émeutes de 1912 sont encore présentes dans les esprits et ravivées si besoin par les concurrents de Fès, mais c’est aussi une réalité car Fès est située en zone non encore pacifiée.

Malgré ce discrédit, Fez V-N, grâce à son riche arrière-pays aurait pu se développer plus rapidement si elle avait eu les fonds nécessaires à son équipement, mais ce n’est pas avec les 320 000 francs prévus au budget municipal de 1917 pour la voirie et les travaux neufs – le chiffre total des recettes s’élevait à cette époque à environ 1,5 millions de francs. – que le capitaine Mellier, chef des Services municipaux, pouvait entreprendre quelque chose de sérieux ! Il aurait fallu des allocations sur le budget général de la Résidence pour l’exécution des travaux d’équipement.

Pour beaucoup de Fasis, Fès a été sacrifiée à ses débuts et a dû attendre 1925 et la guerre du Rif pour se développer.  

Fès recueille une publicité formidable à l’occasion de la guerre du Rif. Les journaux du monde entier parlent de la vallée de l’Ouergha, de Fès el-Bali, des coteaux du Lemta et des Cherrada et des immenses possibilités agricoles d’une région favorisée par son régime de pluies abondantes et la régularité de ses cours d’eau ; l’imagination aidant, on tresse sur Fès la couronne verdoyante du jardin des Hespérides.

La défaite d’Abdelkrim el-Khattabi ramène un certain calme au Nord du Maroc et les capitaux commencent à affluer ; on enregistre un accroissement important des investissements dans la construction à Fès qui passent d’un million de francs en 1926 à dix millions en 1927, à 18 millions en 1928 et 60 millions en 1929.

La crise mondiale de 1930 ralentit le développement économique de la région mais malgré cette période d’incertitude on enregistre encore des investissements annuels variant de l’ordre de dix à vingt millions jusqu’en 1939. Ensuite la guerre entraîne un arrêt presque total de la construction.

Sur le plan ci-dessous, provenant de la Bibliothèque de l’Université de Princeton (Plan de Fès 1933 GSGS 4241, Maps and Geospatial Data, Princeton University Library), on peut constater le développement de Fez Ville-Nouvelle dès la fin des années 1920/début des années 1930. Pratiquement toute la partie de la Ville-Nouvelle au sud de l’avenue de France est déjà réalisée, tant pour la voirie que pour les constructions ; la zone située au nord de l’avenue est encore peu ou pas construite, en particulier autour de la Gare du Tanger-Fès et entre le Champ de courses, le Parc de Chambrun et les camps de Dar Debigagh.

À la fin de la guerre, pratiquement trente ans se sont écoulés depuis septembre 1916 où les premiers bâtisseurs de Fez Ville-nouvelle ont entrepris de creuser des fondations de la cité. En 1946, Fez V-N s’étend sur 12 kilomètres carrés, dont deux sont couverts par des constructions. 75 kilomètres de rues, de largeur appropriée au quartier et à sa destination, desservent les différents secteurs.

L’avenue de France, orientée Ouest-Est a plus de 70 mètres de large ; avec son allée montante et descendante, son terre-plein central, avec sa double rangée de palmiers elle constitue une artère grandiose autant que pratique. Elle est l’axe de la nouvelle ville.

D’autres avenues, l’avenue Maurial, les boulevards Ducla et Moulay Youssef, offrent d’importants dégagements avec leurs chaussées de 30 mètres de large.

Sur les deux côtés du boulevard Poeymirau – 25 mètres de largeur – les principaux commerces, le Marché central, les nombreux cafés, les Hôtels des Postes et de la Police ont fait de cette grande artère le cœur commercial de la ville. La ville s’est finalement développée autour du « rectangle » initial délimité en 1916, même si la Gare de Fès, en 1946, n’est pas l’entrée dans l’espace urbain, comme le souhaitait Lyautey.

Enfin, d’autres rues, de 12 à 20 mètres de large, permettent une facilité de circulation … que l’on aimerait avoir aujourd’hui !

Vue intérieure des Galeries de Fès. Établissements Suavet « Le grand magasin français » Bd Poeymirau

Près de 100 kilomètres de canalisation assurent l’alimentation en eau potable. 110 kilomètres d’égouts desservent les immeubles et assurent l’évacuation des eaux usées. 250 millions ont été dépensés pour cet équipement dont 80 pour les chaussées, 112 pour les égouts et 60 pour l’adduction et la distribution de l’eau potable.

Sur le budget de 1946 la dotation pour toute la ville nouvelle de Fès affectée aux travaux publics s’élève à 25 millions à comparer aux 320 000 francs dont disposait en 1917, le capitaine Mellier pour faire face aux dépenses d’équipement de la nouvelle ville et de l’ancienne ! ( La dotation de 1946 n’est pas aussi exceptionnelle qu’il n’y paraît : compte tenu de l’inflation sur la période cela fait un budget multiplié par 2,5).

Des parcs et des squares d’une superficie de 37 ha créent des zones de verdure dans l’alignement des immeubles. Plus de 300 000 arbres ont été plantés dans ce qui était à l’origine un bled désertique.

Square Le Guevel, en centre-ville, en face du Grand Hôtel. Fin des années 1940

À côté de cet équipement en voirie, l’administration municipale a édifié, en plus des différents bâtiments administratifs de l’avenue de France, d’autres structures :

  • la maternité Andrée Saint et le nouvel hôpital Auvert (sur la colline de Dhar Mahrès).
  • le stade, parc des sports qui passait pour un modèle du genre et un des plus réussis de l’Afrique du Nord.
  • l’immeuble des Services municipaux et plus tard celui de l’Hôtel de ville (à l’emplacement de la maternité)
  • les tribunes de l’hippodrome. (Presque tous les officiers, même en dehors des régiments de spahis, se déplaçaient à cheval lors des colonnes. On aurait pu dire « pas de cheval, pas d’armée ! » L’hippodrome est un équipement important car pendant les séjours en garnison beaucoup de militaires pratiquaient l’équitation sportive et participaient aux concours hippiques).
  • le Marché central – toujours au même emplacement aujourd’hui –
  • le bâtiment du Syndicat d’Initiative et de Tourisme de Fès « ESSI », au square Le Guével, pour l’accueil des touristes. (Pour la petite histoire en 1943, le local est réquisitionné et attribué au « Cercle interallié », les touristes étant rares pendant la guerre. En 1946, le Cercle interallié libère le local qui est squatté par les Anciens Combattants. Le conflit ESSI-A.C. animera la chronique des journaux fasis jusqu’au début des années 1950 !)
  • les châteaux d’eau, pour les réserves d’eau potable en été.

Les tribunes du Champ de courses

En 1946, la population européenne de Fès est évaluée à 26 000 personnes dont la plupart habitent Fez V-N. Des officiers et sous-officiers mariés de la garnison y ont également élu domicile. De nombreux Musulmans de la Médina et des Israélites du Mellah sont venus s’y installer. Il est donc assez difficile de déterminer le nombre exact des habitants suivant une classification assez simple : Européens, Marocains, civils et militaires.

En effet, à partir de 1919, les Marocains sont autorisés à participer aux enchères publiques des terrains aux mêmes conditions que les Européens – qui avaient hésité à investir en 1916 – dans le but d’accélérer le développement de la Ville-Nouvelle. On estime qu’en 1939, un quart des lots mis en vente depuis vingt ans ont été acquis par des Marocains (surtout des commerçants) : une centaine par des Israélites, une cinquantaine par des Musulmans. Ces acquéreurs habiteront pour l’essentiel les immeubles (ou villas) construits en Ville-Nouvelle et représentent environ 2 000 habitants pour les Israélites et 250 pour les Musulmans en 1941.

Les familles israélites semblaient vouloir s’installer de façon durable à Fez V-N car, avant 1920, le Grand rabbin Vidal Serfaty avait demandé à construire une synagogue en plein cœur du secteur « Habitation et petit commerce » dans la future rue Roland Fréjus (entre la rue Léon l’Africain et le boulevard Poeymirau). En 1940 le régime de Vichy édicte les lois sur le statut des Juifs, applicables aux protectorats et un Dahir du 17 février 1941 rend plus difficile la participation des Marocains (Juifs surtout mais aussi Musulmans) au développement urbain, même si à Fès l’administration locale a fait preuve d’une certaine souplesse dans l’application de ces lois.

En août 1941, le Résident général Noguès, promulgue une loi qui interdit aux Juifs marocains d’habiter dans les villes nouvelles « européennes » : ils doivent retourner vivre dans les villes anciennes. Les familles installées après le 1er septembre 1939 ont un mois pour regagner le Mellah ; celles installées avant ont un délai « un peu plus long » pour quitter Fez V-N. Une centaine de familles sont retournées vivre au Mellah ; là aussi l’administration locale a fait preuve de pragmatisme et le Dahir du 18 août 1943 ayant abrogé les lois antisémites, les deux-tiers des familles juives installées en Ville-Nouvelle et qui avaient tardé à partir ont pu s’y maintenir.

De nombreuses réalisations ont été faites dans la ville européenne de Fès, en une trentaine d’années : l’effort des premiers bâtisseurs a été poursuivi par leurs successeurs et par une administration (centrale et municipale) qui a su se dégager des vieilles routines et expérimenter les idées modernes en matière d’urbanisme. Fez Ville-Nouvelle avec ses grands immeubles, ses larges avenues, ses grands magasins, son confort, ses distractions, ses industries et ses routes est tournée vers l’avenir.

Fez Ville-Nouvelle, vers 1920 : les premières constructions. Le carrefour, avec le départ de 2 chemins de terre sera le centre de la ville nouvelle : place de l’Industrie, puis place Clémenceau avec son célèbre Café « La Renaissance ». Le chemin de terre qui longe les bâtiments est le futur boulevard Poeymirau.

La place Clémenceau et le départ des boulevards Poeymirau et du 4ème Tirailleurs, fin des années 1940

Et à côté de cette ville nouvelle, la ville ancienne, la Médina, « contemporaine de l’époque de Charlemagne », délimitée par ses remparts a conservé les différents monuments laissés par les dynasties almoravides, almohades, mérinides et idrissides. Ce sont aussi les mêmes ruelles, les mêmes boutiques, les mêmes ateliers d’artisans, les mêmes souks, les mêmes précieuses demeures au luxe tout intérieur, avec leurs riads et leurs jardins suspendus sertis de zelliges, survivance d’un passé qui ne fut pas sans grandeur. Lyautey confie au Service des Antiquités, des Beaux-Arts et des Monuments historiques le soin d’assurer la conservation et la restauration de ce patrimoine urbain, avec l’idée que cette mise en valeur de la Médina, qui débute dès 1914, sera un atout indispensable pour le développement du tourisme et de l’économie locale. La protection du patrimoine urbain de la Médina et l’accompagnement de l’évolution de la ville ancienne ont souvent conduit à des relations délicates entre les Beaux-Arts et la municipalité. Moins spectaculaire que la « fabrication » de Fez Ville-Nouvelle, la modernisation de la Médina s’est poursuivie et s’est adaptée aux nouveaux besoins des Fasis, tout en conservant sa « couleur locale ».

On a souvent dit que Fez V-N s’est installée « loin de la Médina » :  il y a moins de 4 km « à vol d’oiseau » entre les deux centres ; certes c’est une « vraie » distance à une époque où la liaison avec la médina est difficile, sans véritable moyen de transport, mais entre les deux villes il y a Fès-Jdid et le Mellah qui constituent un lien et la Ville-Nouvelle est donc moins éloignée qu’il n’y paraît des villes « anciennes ».

Les autorités locales ont toujours cherché à maintenir ce lien. Le colonel Salanié, chef des Services municipaux de Fès de 1940 à 1945 dira : « La dernière venue des villes nouvelles marocaines est prête à prendre figure de ville moderne harmonieusement lié à la ville ancienne ».

Cet espace entre le Mellah et Fez V-N sera peu à peu aménagé en y installant des édifices publics : la Maternité Andrée Saint (du nom de l’épouse de Lucien Saint, Résident général du moment) avec pose de la première pierre en mai 1930 dans une partie du jardin « Gide » et ouverture dans le courant de l’année 1931 ; le Lycée mixte (filles et garçons) en 1931 qui succède, avenue des Sports, au cours secondaire. La maternité Andrée Saint n’ayant jamais rendu les services espérés, elle ferme en 1935 et dans les locaux libérés on installe l’Hôtel de ville et l’ensemble des Services municipaux (situés pour partie, auparavant, derrière le square Le Guevel) pour un fonctionnement plus efficace et moins dispendieux.

Façade de la maternité Andrée Saint en 1932

Façade de l’Hôtel de ville qui occupe les anciens locaux de la maternité Andrée Saint.

Services municipaux à l’angle de la rue des Jardins (à g.) et de la rue Nungesser et Coli (à d.), qui se coupent au niveau de l’avenue Maurial.

Sans entrer dans les détails nous diront qu’une vie nouvelle va commencer pour Fès-Jdid et le Mellah avec la création et le développement Fez Ville-Nouvelle. Jadis, la plupart des étrangers à Fès venaient s’installer à Fès-Jdid et s’y fixaient ; après y avoir séjourné pendant un certain temps, ils s’efforçaient de se rapprocher de la Médina. Fès-Jdid était en quelque sorte l’antichambre de la Médina. Avec la création de la Ville-Nouvelle la situation change : le pôle d’attraction de la population de Fès-Jdid n’est plus la Médina, mais bien Fez-V-N, surtout pendant toute la période de construction de la ville. Beaucoup de journaliers viennent tous les matins y chercher du travail et y redescendent tous les soirs. Le quartier de Fès-Jdid tend à être une sorte de lotissement ouvrier de la Ville-Nouvelle même s’il reste toujours le quartier de résidence de quelques familles riches établies depuis très longtemps et le domicile des travailleurs ayant un métier sur place, ou dans les environs de la ville (cultivateurs).

Le quartier du Mellah fut également transformé par la création de Fez V-N. On peut citer l’ouverture d’une brèche dans le rempart près de Bab Lamer, porte condamnée depuis longtemps, pour faciliter les communications avec la Ville-Nouvelle. L’ancien cimetière israélite est désaffecté et le nouveau cimetière installé à l’Est du Mellah ; l’espace ainsi libéré permet de construire les écoles de l’Alliance et d’aménager la place du Commerce. La rue Boukhessissat est percée en 1924 entre le mur clôturant les dépendances du palais et les premières maisons juives ; le passage coudé de Bab Semmarin est aménagé de manière à laisser circuler les voitures à cheval, les autos et même des autobus de modèle réduit : on peut alors se rendre de la Ville Nouvelle jusqu’à la Médina à travers la  Grande Rue de Fès-Jdid, en longeant Jnane Sbil et ses hautes murailles en pisé où les vestiges des coffrages avaient laissé des rangées parallèles de trous rectangulaires occupés par les martinets.

Aujourd’hui, une route directe conduit à Bab Chems et à la place du Batha … et à la Médina, en contournant Fès-Jdid par l’Est, sans que l’on ait besoin de passer par la Grande Rue, devenue impraticable du fait des nombreuses boutiques alignées des deux côtés tout au long de cette artère.

Bus dans la Grande rue de Fès-Jdidun jour de fermeture des échoppes ?

Il y a un siècle les urbanistes ont pu choisir, pour répondre aux besoins démographiques et économiques, de créer Fez Ville Nouvelle à côté de la Médina, tout en préservant son patrimoine et en accompagnant son évolution : la situation était relativement simple car coexistaient en Médina un espace résidentiel et des lieux de production et d’échanges. Ce système s’est peu à peu déséquilibré et les responsables du développement urbain aujourd’hui sont confrontés à des problèmes nettement plus complexes.

Vue aérienne Fez Ville-Nouvelle. Axée sur le boulevard Poeymirau. En bas à gauche, la rue Archiéri. Au centre, l’intersection bd Poeymirau/rue Roland Fréjus avec immeuble de la pharmacie Bajat. Vers 1950.