Image à la une : « Il est à Fez, au cœur de la Médina, une vieille maison entre les vieilles maisons, qui certes ne serait point remarquable par sa mine et son abandon plus qu’une autre, si elle ne portait, au-dessus des lézardes de ses murs, entre les mâchicoulis d’une corniche, une série de timbres métalliques patinés par le temps ; horloge à jamais silencieuse, dont le mécanisme n’est connu de personne depuis que son propriétaire a quitté la ville. Cette maison, objet de la vénération des Musulmans aussi bien que des Juifs, est celle d’Harambam, notre Maître Harabino Moshé-ben-Maïmon, l’Esclave du dieu de Cordoue, Maïmonide lui-même, qu’on désignait à Fez sous ces noms divers ». Pascale Saisset. Maïmonide à Fez. Cahiers juifs. N° 16/17 Juillet/octobre 1935

En mars 1935, à l’occasion des 800 ans de la naissance de Maïmonide, l’association des « Amis de Fès », l’association des Anciens élèves de l’Alliance israélite et la Casa de España organisent la « Semaine Maïmonide » au cours de laquelle les Fasis sont invités à venir écouter six conférences en français, espagnol, hébreu et judéo-arabe. Lis Cleeman, Judah M. Bensimhon et François Bonjean sont les conférenciers des « Amis de Fès ».

Paul Odinot, vice-président des « Amis de Fès », et président du Comité d’organisation de la semaine commémorative, annonce la série de conférences dans un article intitulé « Le Platon juif », publié le 24 mars 1935 dans l’hebdomadaire Progrès de Fez. Jeanne Levy a retrouvé l’article dans les archives de son grand-père ; elle me l’a envoyé en même temps que le texte de la conférence « La vie de Maïmonide, tradition et légendes fassies » prononcée le 30 mars 1935 par Judah M. Bensimhon.

I – Le Platon juif. Texte de Paul Odinot

Le 30 mars 1935, on célèbrera en Espagne et un peu partout dans le monde, le huitième centenaire de la naissance de Maïmonide.

Moïse Ben Mimoun naquit à Cordoue et mourut en Syrie en 1204*. Ce rabbin est sans doute particulièrement honoré par les Israélites, mais sa réputation a dépassé les bornes de la religion. En effet, s’il fut d’abord un commentateur savant du Talmud, il fut aussi un grand jurisconsulte, un philosophe, et un savant médecin. * Maïmonide est mort à Fostat première capitale arabe de l’Égypte et qui aujourd’hui fait partie du Vieux-Caire.

Ses maîtres à Cordoue furent Tophaïl et Avéroès (Ibn Rochd).

Les œuvres principales de Maïmonide ont toutes été écrites en arabe. Cela explique qu’il soit connu par les musulmans d’Espagne et d’Afrique. Puis comme il a étudié la Bible, son œuvre fut étudiée aussi par les Chrétiens. On a de lui un abrégé du Talmud « Yad ha Hazakah » – La Main Forte -, « Moré Névokhim, » le médecin des perplexes. Ce livre c’est le seul, je crois, qui ait été traduit en français par Munk au XIXe siècle sous le titre de « Guide des égarés ».

Maïmonide est connu de tout le monde méditerranéen à cause de ses tribulations. Ayant fait ses études en Espagne il fut obligé de s’enfuir parce que au XIIe siècle on poursuivait les Juifs, on les brûlait. Il vint à Fès, étudia à Karaouyine, et demeura sans doute dans une maison voisine de Bou-Inanya, la « maison aux horloges ».

Mais son séjour, si nous suivons la version du « Zahrat el Ass » (le « Jardin des myrtes »), est antérieur à la construction des horloges que nous pouvons tous admirer à Fès. Le livre dit, en effet : « Abou Inan – qu’Allah lui soit miséricordieux – a fait construire une « magana » avec des coupes et des écuelles de cuivre jaune, en face de sa médersa nouvelle qu’il a fait élever au souq el Qacr. Pour marquer chaque heure, un poids tombait dans une coupe et une fenêtre s’ouvrait. Ce travail fut terminé en 1357 par l’astronome Abou el Hasan Ali Ben Ahmed el Tlemçani ».

Donc pas de discussion possible. Maïmonide n’a pas connu les horloges. Mais il n’en reste pas moins que les Juifs d’Afrique viennent encore en pèlerinage à cette maison des horloges, qui fut sans doute une « médersa » pour les étudiants avant d’être la maison des « magana ».

Du Maroc, Maïmonide va en Égypte curiosité ou nécessité, je ne sais. Il étudie au Caire et devient bientôt médecin de l’empereur Saladin. Là, il a une place très importante et devient pour ainsi dire le conseiller du puissant prince qui lutte contre les Croisés.

Mais il faudrait maintenant exposer les principales idées du rabbin Maïmonide au point de vue religieux et philosophique.

Je laisserai cette tâche aux érudits Israélites musulmans ou français qui le 30 mars, célébreront à Fès la gloire du grand savant qu’on a dit être le plus grand juif depuis Moïse.

Je veux, pour mon compte, expliquer que si je participe à cette manifestation, c’est parce qu’elle groupe des représentants des différentes populations du Maroc. Nous ne devons éviter aucune occasion de nous rencontrer, d’échanger des idées, d’essayer de nous mieux connaître. Nous allons donc prochainement réunir des israélites, des musulmans, des catholiques, des libres penseurs sous le vocable de « Maïmonide ».

En effet, celui-ci, malgré sa foi, fut un esprit libre, il ne fut pas aveuglé par le dogme, il conçoit comme possible l’union de tous les hommes, de toutes les races, de toutes les religions. Mais surtout il s’efforça vers la connaissance, vers la sagesse, et par là il rejoint Platon, le divin Platon.

Les grands initiés, ceux qui ont retrouvé les enseignements mystérieux de l’Antiquité qui illuminaient les esprits d’Hérodote, d’Homère, de Solon, de Socrate, ceux-la sont immortels, car les esprits modernes ne peuvent se passer de leurs leçons.

Je souhaite donc que les habitants de Fès délaissent pour une heure leurs graves soucis matériels et  viennent écouter les conférenciers éminents qui prochainement nous parleront de Maïmonide.

Voici la liste des diverses conférences qui seront faites à l’occasion de la commémoration du huitième centenaire de la naissance de Maïmonide.

  • Première conférence : le 23 mars à 21h00 à la synagogue Danan au Mellah : « Maïmonide juriste » par le Rabbin Moïse Danan  (conférence en hébreu, traduite en français par M. Hayon)
  • Deuxième conférence : le 27 mars à 21h00 au Cercle des Anciens Élèves de l’Alliance Israélite : « D’Aristote à Maïmonide » par Mme Cleeman.
  • Troisième conférence : le 30 mars à 18h00 à la salle des Services Municipaux : « Vie historique de Maïmonide ; traditions et légendes fassies » par M. Judah Bensimhon.
  • Quatrième conférence : 1er avril à 21h00 au Cercle des Anciens Élèves de l’Alliance : « Cordoue, berceau de Maïmonide » par M. Bigot (conférence en espagnol avec traduction française).
  • Cinquième conférence : le 3 avril par les Rabbins Aaron Botbol, Grand rabbin et Joseph Benaïm (conférence en judéo-arabe).
  • Sixième conférence :  le 11 avril par M. Bonjean sur l’œuvre maîtresse de Maïmonide « Le guide des Égarés ».

II – La vie de Maïmonide, tradition et légendes fassies. Texte de Judah M. Bensimhon.

Je suis toujours à la recherche des textes des conférences de Lis Cleeman « D’Aristote à Maïmonide » et de François Bonjean « Le guide des Égarés« . Si vous avez des informations pour les trouver, merci de me contacter.

Sur Maïmonide voir également : Maïmonide à Fez (1160 – 1165) et À propos de Maïmonide : Fès est fidèle à ses traditions intellectuelles. Mars 1935.

Affichette de présentation de la soirée littéraire commémorative du VIII centenaire de la naissance de Maïmonide, à la Casa de España, place Lyautey, immeuble de l’Urbaine, le 31 mars 1935. (document envoyé par Jeanne Lévy). Cette manifestation a eu lieu en marge du programme officiel de la « Semaine Maïmonide » qui ne signalait que la conférence du Pr. Bigot le 1er avril.