Image à la une : Le tome 4 des Conférences des « Amis de Fès » publié en novembre 2020.

Les quatre volumes des Conférences des « Amis de Fès » et leurs cinquante conférences sont le résultat de plusieurs années de recherche des textes des conférences présentées, essentiellement à Fès, entre 1932 et 1956, par les « Amis de Fès », association culturelle regroupant Français et Marocains soucieux de sauvegarder les sites et les monuments de  la « vieille » ville de Fès, de faire mieux connaître la ville, son histoire, ses habitants, aux Fassis et de la faire découvrir aux étrangers.

Des conférences et conférences-promenades sont proposées régulièrement à un public de toutes origines : Européens nouvellement installés à Fès, « vieux » Fassis des différentes communautés qui n’avaient jamais pris le temps de découvrir l’histoire de leur ville, promeneurs du dimanche, curieux ou désœuvrés ; les conférenciers de l’association sont aussi sollicités, par les autorités locales, pour accompagner les délégations, françaises ou étrangères, en visite officielle à Fès.

Les « Amis de Fès » organisent également des conférences qui sans avoir un lien direct avec l’étude de Fès n’en présentent pas moins un grand intérêt.

J’ai découvert les activités culturelles des « Amis de Fès » en lisant le livre de Jacques Berque « Le Maghreb entre deux guerres » (Éditions du Seuil. 1962) où il évoque, d’une phrase, la collection des conférences de l’association qui « constituerait une documentation précieuse ». Bien que né à Fès, je ne connaissais pas cette association … mais je n’avais pas dix ans quand les « Amis de Fès » ont cessé leur activité !

J’ai vu dans cette remarque de Jacques Berque une piste à explorer pour enrichir ma documentation sur Fès, mais je constate rapidement que deux textes seulement sont répertoriés officiellement et que toutes les archives des « Amis de Fès » ont disparu depuis plus de cinquante ans. Si je veux avoir accès à cette collection de conférences il me faudra les chercher ailleurs que dans les archives officielles !

Les journaux marocains de l’époque me permettent de recueillir des informations sur les conférences, les conférenciers, et les adhérents. De 1932 à 1950, les conférences ne sont pas diffusées : deux exemplaires sont  remis au bureau de l’association ; à partir de 1950, les adhérents peuvent acquérir, auprès du secrétariat de l’association, les textes dactylographiés des conférences, souvent simples feuillets de papier-pelure agrafés sous une couverture en carton.

Les « Amis de Fès » ont eu pendant 25 ans un rôle essentiel dans la vie culturelle fassie. Conférenciers-chercheurs marocains et français ont réalisé, ensemble, des études de terrain où ils recueillent des renseignements précieux sur tous les aspects de la vie quotidienne, les pratiques artisanales, les traditions de Fès. Cette réappropriation commune du patrimoine culturel fassi  permet d’appréhender l’histoire de Fès de manière plus authentique, sans les préjugés ou les partis pris des documents issus de certaines recherches européennes.

L’association des « Amis de Fès » est aujourd’hui encore peu connue, même de « l’élite fassie » pour reprendre l’expression des journalistes qui, dans leurs comptes rendus, donnaient la liste des personnes « remarquées » lors des conférences. Beaucoup de familles, en France, ignoraient qu’un de leurs parents avait été conférencier ou adhérent des « Amis de Fès ». D’autres familles marocaines ou françaises avaient heureusement conservé, dans leurs archives familiales, textes et coupures de presse au sujet des conférences, documents parfois méconnus d’elles mais qu’elles m’ont volontiers communiqués.

J’ai aujourd’hui cinquante-quatre textes complets, quelques résumés rédigés par les auteurs pour obtenir l’autorisation du général commandant la Région de Fès de prononcer la conférence, des textes incomplets et quelques coupures de presse relatives aux conférences. De nombreux textes restent à découvrir : je pense qu’entre cent et cent-cinquante conférences ont été données, mais sans savoir combien d’entre elles ont fait l’objet de diffusion.

Retrouver ces témoignages de l’activité culturelle fassie, pendant la période du Protectorat français, qui proposait une approche nouvelle de l’histoire de Fès était l’objectif initial de ma démarche. Ce projet s’est peu à peu enrichi avec la découverte d’autres documents sur l’histoire de Fès et du Maroc ; les échanges avec les familles furent l’occasion d’aborder la question de la sauvegarde de ces archives familiales détenues en France qui pourraient disparaître avec nous, nos descendants n’ayant peut-être pas le même intérêt pour un pays où ils n’ont pas vécu. Mais ce risque de dispersion et de disparition des archives privées existe aussi au Maroc et la question de leur sauvegarde se pose à peu près dans les mêmes termes.

J’ai rencontré en octobre 2019, le directeur des Archives du Maroc à Rabat : nous avons convenu de la création d’un fonds d’archives des « Amis de Fès » (le nom est encore à préciser ) auquel je donnerai mes archives personnelles et où tous les « anciens » de Fès pourraient eux aussi donner leurs archives familiales (documents originaux ou copies) en lien avec Fès et le Maroc. Mais le virus qui s’est introduit insidieusement dans notre vie quotidienne depuis mars 2020 a retardé la réalisation de ce projet !

Si la recherche d’archives évoque souvent la poussière des greniers ou les cartons moisis, j’ai davantage retenu le renforcement des liens avec mes amis fassis autour de notre intérêt commun pour l’histoire du passé et du présent de Fès, et de nos visites en médina, à la recherche dans le lacis des ruelles des lieux décrits dans les conférences-promenades. Ce fut aussi l’occasion de belles rencontres à Fès et au Maroc avec des personnes intéressées par l’histoire de Fès qui ne connaissaient pas toujours l’activité des « Amis de Fès » ; elles m’ont invité à participer à des conférences, forums, tables rondes ou expositions de photographies sur Fès.

Une façon de contribuer à mon niveau à l’objectif des « Amis de Fès » : mieux faire connaître Fès à ceux qui l’aiment et la faire découvrir aux autres.

Les conférences des Amis de Fès. (1932-1956). Tome 4 Iggybook EAN 978-2379792670 Novembre 2020

Sommaire du tome 4 :

Préface : Amine Bourdellah

Avant-Propos : Georges Michel 

Les portefaix et les porteurs d’eau de Fès : Si Mohammed Lakhdar

Fès-Jdid, création mérinide : Henri Bressolette

La grande noria et l’aqueduc du vieux méchouar à Fès-Jdid : Jean Delarozière et Henri Bressolette

Habs Zebbala à Fès-Jdid, étude sur un Héri : Jean Delarozière

Hagiographie du Kandar : Si Mohammed Lakhdar

Philosophie musulmane et culture française : Révérend Père Gabriel Théry

Flux et reflux de la politique extérieure des Mérinides. Rayonnement de la cour mérinide : Henri Bressolette

La bibliothèque Qaraouiyine : Si Ahmed Sefrioui

El Guebeb, cimetière de Bab Ftouh : Maurice Neny

Sidi Bettar : Si Lhadi Skali

Récit d’un pèlerinage à la Mecque. Considérations religieuses et médico-sociales : Dr Omar Boucetta

Ras El Ma et la petite histoire :  Pierre Bach

Les « Amis de Fès » visitent les ruines de la Kissaria : Michel Kamm

Amine Bourdellah, fin connaisseur de l’histoire passée et présente de Fès, et un ami dont j’apprécie le sens critique et la pertinence du jugement, a rédigé la préface de ce quatrième tome.

Voir aussi à propos des conférences des « Amis de Fès » : Les conférences des « Amis de Fès » 1932-1956 et Les conférences des Amis de Fès. Tome 3